D’ici un siècle, si rien ne change, les insectes pourraient avoir disparu de la surface de la Terre. Et cela devrait vraiment, mais vraiment nous inquiéter.

« Les insectes sont nos amis, il faut les aimer aussi » entonnaient Les Inconnus dans un célèbre sketch des années 90. Une petite trentaine d’années plus tard, si l’effet comique est toujours intact, le message, lui, semble avoir le plus grand mal à passer. Selon deux chercheurs australiens qui ont combiné la bagatelle de 73 études sur le sujet, les insectes pourraient avoir disparu d’ici cent ans.

Pour avancer une telle échéance, ils s’appuient évidemment sur des chiffres éloquents : le rythme d’extinction des insectes est huit fois plus élevé que pour les vertébrés, et un tiers des espèces sont déjà menacées d’extinction (et 1% supplémentaire s’ajoute à la liste chaque année). Pour nous donner un ordre d’idées, les deux chercheurs Francisco Sanchez-Bayo et Kris Wyckhuys précisent qu’il s’agit là « du plus massif épisode d’extinction depuis la disparition des dinosaures ». Et si vous pensiez que cela concerne d’obscures espèces d’insectes vivant au fin fond d’un pays lointain, exotique, et au nom imprononçable, sachez que les papillons, abeilles, coccinelles, fourmis, guêpes et scarabées figurent en tête de liste des insectes menacés. Il n’est pas ici question d’opposer les pays du Nord à ceux du Sud, l’Europe au reste du monde, ou de pointer du doigt tel ou tel continent : tous les pays sont concernés.

Et l’ironie dans tout cela, c’est que le monde entier est responsable : la faute (entre autres) aux déforestations massives en Amérique du Sud, en Europe de l’Est, ou en Asie du Sud-Est, aux recours massifs aux pesticides et insecticides partout sur la planète pour soutenir une agriculture intensive qui devra nourrir demain 10 milliards d’humains (80 000 tonnes annuelles épandues en France, entre 2 et 3 millions dans le monde), ou à une urbanisation folle (26m2 de terres fertiles disparaissent chaque seconde de la surface de la Terre, noyées sous le béton).

Si les cyniques se réjouiront de ne plus voir de guêpes rôder autour de leurs assiettes en été, les autres s’inquiéteront de la disparition inévitable d’une myriade d’autres animaux dont les insectes constituent la base du régime alimentaire : lézards, amphibiens, poissons, oiseaux, etc… Heureusement, dans ce tableau bien sombre, une lueur d’espoir : tout n’est pas perdu. Il est encore temps de se tourner vers l’agriculture biologique, de repenser les villes, ou d’enfin s’attaquer au problème de la pollution.

A ces conditions, les générations futures connaîtront peut-être elles aussi le plaisir de protéger les restes de barbecue des abeilles ou de se badigeonner de citronnelle pour repousser les moustiques.

Photo : RobKleine/Flickr/CC