Un chercheur du CNRS alerte sur l’ombre de l’extinction qui plane sur certaines espèces animales. Une menace que nous refusons de voir, aveuglés par le charisme et la popularité de ces animaux.

Franck Courchamp est un chercheur en écologie qui vient de publier une étude dans le journal scientifique PLOS Biolgy qui devrait retenir notre attention : notre vision quant à la menace d’extinction qui pèse sur les animaux les plus populaires est complètement biaisée par leur omniprésence au quotidien. Dit autrement, parce que nous voyons souvent des représentations de certains animaux (jouets, logos, affichage, etc…), nous sous-estimerions grandement l’imminence de leur disparition.

Pour arriver à cette conclusion, notre chercheur a d’abord mené une étude pour déterminer quels sont les animaux les plus charismatiques pour un habitant d’un pays occidental : en interrogeant directement les internautes d’abord, puis en étudiant très sérieusement les affiches des grands films d’animation Disney, Pixar et Dreamworks, et enfin en scrutant les pages d’accueil des sites internet des zoos des 100 plus grandes villes du monde. Dans l’ordre, cela donne donc : le tigre, le lion, l’éléphant, la girafe, le léopard, le panda, guépard, l’ours polaire, le loup gris et le gorille.

Puis, via un autre questionnaire en ligne et des interviews menées en live, monsieur Courchamp a constaté que l’on ne percevait pas le danger d’extinction auquel ces animaux font face : il ne resterait ainsi dans la nature qu’un millier de tigresses en capacité de se reproduire dans le monde, la girafe Masaï a été décimée de 97% de sa population en quelques années seulement, quant au lion, il pourrait disparaître à l’état sauvage d’ici vingt ans si rien n’était fait. Mais cela, la majorité des personnes interrogées l'ignorait. Pour appuyer l’intérêt de son étude et élargir ses perspectives, notre scientifique demande ainsi au journal du CNRS qui l’interroge : « si nous n’arrivons pas à sauver le lion, le roi des animaux et l’espèce emblématique que l’on retrouve sur tous les blasons, tous les drapeaux, tous les logos sportifs, quel espoir avons-nous de sauver un papillon des forêts tropicales d’Amérique du Sud, que personne n’a jamais vu ? »

Mais alors quelles solutions imaginer après un tel constat ? Franck Courchamp propose que les entreprises utilisant l’image des animaux les plus populaires versent une partie de leurs bénéfices (« rien du tout, un dixième de poussant, par exemple ») à des fonds de protection de ces animaux. L’argument pour les convaincre ? Si elles venaient à perdre leur emblème, « elles se verraient promouvoir fièrement le logo d’une espèce disparue ». Une initiative qui n’est pas sans rappeler celle de l’UICN qui, en 2008, imaginait l’opération « Save your Logo », en demandant à des marques de financer des programmes de protection des animaux présents sur leurs logos : Lacoste et son crocodile, Puma, Jaguar, le lion de Peugeot, etc… Nous en parlions déjà ici.

L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement ?

Photo : Terry Johnston/Flickr/CC