Le groupe pétrolier hollando-britannique rejoint Google dans un ambitieux projet d’énergie éolienne, pour sauver le monde de la pollution. Ironie, quand tu nous tiens.

Un vent de fraîcheur souffle sur le secteur des énergies : Shell, pétrolier qui joue dans la même cour que Total, BP ou Exxon Mobil, vient de rejoindre Google dans un projet de développement d’énergie renouvelable sur le point d’aboutir. Depuis 2013 et son rachat par le leader de la recherche sur internet, la start-up Makani Power conçoit des éoliennes d’un genre nouveau, qui ont la forme de cerfs-volants géants. Au départ de cette aventure, il y a un constat : pour exploiter correctement l’énergie des vents, il faut aller les chercher là où ils soufflent fort et régulièrement, à plus de 300m d’altitude. Or, pour atteindre ces sommets, les éoliennes traditionnelles (un mât + des pales) devront être absolument gigantesques, les transformant en non-sens économique et écologique.

L’idée du cerf-volant a alors germé. Une aile de 26m de long, sur laquelle sont fixés 4 rotors capables de produire de l’électricité en exploitant la force des vents. Cette aile est reliée par un câble flexible d’un demi-kilomètre de long à une station au sol, elle-même solidement ancrée dans la roche. Afin d’atteindre les 300m d’altitude, l’éolienne volante est équipée d’un moteur hybride qui lui donne le coup de pouce indispensable pour s’arracher du plancher des vaches. Quelques minutes plus tard, une fois là-haut, les ordinateurs de bord prennent les commandes, coupent le moteur et font décrire à l’aile de grands cercles dans le ciel, pour profiter au maximum de la force éolienne. Les rotors tournent à plein régime et actionnent les générateurs embarqués, qui envoient l’énergie produite à la station 300m plus bas, qui la distribue ensuite au réseau qu’elle alimente.

Après des années de prototypes, de conjectures et d’essais, Makani Power est sur le point de passer à la phase de commercialisation de ses ailes volantes. Pouvant être installée partout sur le globe (même dans les zones maritimes de grande profondeur difficilement exploitables par l’être humain), la construction de ces cerfs-volants nécessite 90% de matériaux en moins comparée à celle d’une éolienne classique. Quant à leur rendement, il peut-être jusqu’à 50% supérieur, de quoi alimenter 300 foyers avec une seule aile en lévitation.

En affichant de telles promesses, on comprend mieux le soudain intérêt de Shell pour cette technologie durable. Car si la compagnie s’aventure dans les énergies renouvelables (nous ne pouvons évidemment que nous en réjouir), nous n’oublions pas qu’elle reste bâtie sur l’exploitation des énergies fossiles polluantes, qui lui permettent de générer un chiffre d’affaires délirant de 240 milliards de dollars annuels, et de reverser 15 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires en 2017…

Photos : www.makanipower.com