Si la découverte de l'énergie nucléaire offrait de belles perspectives à l'époque, elle semble aujourd'hui plus représenter un danger qu'un réel progrès. La preuve en cinq exemples terribles.

Experimental Breeder Reactor I. Aussi appelé : EBR-I. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais il désigne rien de moins que la première centrale nucléaire de l'histoire, construite aux Etats-Unis, dans le laboratoire national de l'Idaho. Sa mise en service remonte au mois de décembre 1951. Le début de la fin en quelque sorte. Car depuis la découverte de la technologie nucléaire civile, les pays n'ont eu de cesse de la développer encore et encore, pour accéder à une indépendance énergétique bienvenue dans un monde où les prix des hydrocarbures fluctuent tellement qu'ils en donneraient presque le mal de mer. En France, la première des centrales fut celle de Marcoule, ouverte en 1956.

Si au début des années 60 la puissance nucléaire mondiale se limitait à 1 GW, elle a été multipliée par 300 en vingt ans, avant d'atteindre aujourd'hui environ 375 GW. Mais la réaction nucléaire, bien qu'officiellement parfaitement maîtrisée, a entraîné, au fil des décennies, quelques-unes des catastrophes les plus terrifiantes de l'Histoire. Voici les cinq plus importantes, classées selon l'échelle internationale des événements nucléaires, un indice de mesure allant de 0 à 7.

Niveaux 5 et 6, pour commencer

Nous avons vu quelques lignes plus haut que la première centrale a ouvert ses portes en 1951 aux USA ? Le premier accident majeur date de… 1952, dans les laboratoires nucléaires de Chalk River. Au menu : perte de l'eau de refroidissement dans le réacteur, qui entraîne une série d'explosions, un soulèvement du toit de l'édifice, des fuites de gaz radioactifs dans l'atmosphère et le déversement de 4000 mètres cube d'eau contaminée aux environs de l'endroit de l'accident. Le nucléaire aura été une technologie sûre pendant quelques mois… Accident classé niveau 5.

Aux Etats-Unis, l'accident dans la centrale de Three Miles Island est de loin la plus célèbre des "évènements" nucléaires locaux. En 1979, une incroyable série de dysfonctionnements techniques, d'erreurs humaines et de défauts de conception entraînent une fusion du coeur du réacteur. L'enceinte de confinement a néanmoins bien résisté, et les rejets radioactifs à l'air libre ont été très limités. Selon la version officielle, évidemment. Accident de niveau 5 lui aussi.

Après les accidents de niveau 5, place au niveau 6. Et c'est l'URSS qui est à l'honneur, avec la catastrophe de Kychtym. Le 29 septembre 1957, les systèmes de refroidissement des déchets radioactifs subissent une panne. Différents produits chimiques s'évaporent alors, entrent en contact et… BOUM ! Une explosion gigantesque qui projette des éléments radioactifs à une altitude d'un kilomètre dans l'atmosphère, pour une quantité totale équivalente à la moitié des éléments rejetés lors de l'explosion de Tchernobyl. Le plus fort dans tout ça ? C'est en 1976 qu'un scientifique soviétique en cavale à l'Ouest a révélé l'accident, malgré le secret défense. Inquiétant… 

Les deux pires exemples

Passons enfin au niveau 7, avec les deux plus grandes catastrophes de l'Histoire, toutes deux profondément ancrées dans la mémoire collective. En 1986, il y eut d'abord Tchernobyl. Comme trop souvent, c'est une combinaison d'erreurs humaines et de conception qui conduisent à l'irréparable : une explosion du réacteur numéro 4. L'atmosphère locale est souillée, 250 000 personnes sont évacuées, et le nuage radioactif va balayer l'Europe. Mais heureusement, chanceux que nous sommes, il a été stoppé par les douanes françaises qui l'ont arrêté tout net aux frontières de notre pays. En tout cas, le discours des autorités de l'époque ne disait pas autre chose… Aujourd'hui en travaux, un nouveau confinement devrait remplacer en 2015 le sarcophage de béton construit à la va-vite par les soviétiques à l'époque.

Chronologiquement, la catastrophe de Fukushima est la dernière à être survenue. Mais au Japon, ce ne sont pas tant des erreurs humaines ou techniques qui en sont la cause (encore que l'on peut en dénombrer certaines), mais plutôt une série de coups de malchance. Premier d'entre eux : le séisme du 11 mars 2011. Les secousses entraînent un arrêt automatique des réacteurs et coupent l'alimentation électrique du site. Des groupes électrogènes prennent le relais. Mais le séisme au large du Japon a également déclenché un immense tsunami qui, lorsqu'il frappe les côtes (et la centrale, construite proche de l'océan Pacifique), noie les groupes électrogènes. Le système de refroidissement des réacteurs n'est plus alimenté. Trois réacteurs nucléaires voient leurs coeurs entrer en fusion. Les rejets radioactifs dans l'atmosphère et dans l'océan sont gigantesques, et la centrale devrait être démantelée dans les 40 années à venir. Vivement…