Le distributeur annonce l’ouverture prochaine de 200 points de vente consacrés au bio. Doit-on se réjouir ?

C’est une question à laquelle il est bien difficile d’apporter une réponse définitive : est-ce une bonne nouvelle que la grande distribution s’intéresse de près au secteur de l’agriculture biologique ? Les méthodes des distributeurs (procédures d’achats, marges, etc…) sont largement remises en cause par des consommateurs qui, eux, aimeraient acheter moins cher des produits de qualité. La qualité, justement, que l’on retrouve souvent dans les produits élaborés selon les préceptes de l’agriculture biologique, produits vendus plus chers au consommateur mais qui ne requièrent ni engrais ni pesticides. Ce même consommateur qui aimerait acheter moins cher. Etc, etc…

Carrefour et Auchan ont déjà tenté leur chance en ouvrant récemment des points de vente entièrement dédiés aux produits bio, allant concurrencer sur leur terrain des chaînes déjà implantées comme Biocoop, Naturalia, ou La Vie Claire. Tous ces acteurs seront bientôt rejoints par Leclerc qui, après avoir testé une première ouverture d’un Leclerc Bio en Bourgogne au mois de janvier, entend mailler dès que possible le territoire de pas moins de 200 magasins similaires.

Michel-Edouard Leclerc, patron de la chaîne de grande distribution et grand communicant devant l’éternel, a détaillé sa stratégie sur France Inter : « Certains fournisseurs qui vendaient à Biocoop ou Bio C' Bon étaient trop bien dans leur créneau exclusif, et avec des prix assez élevés. Aujourd'hui ils n'ont pas envie d'être connotés ‘Leclerc’, donc on va créer notre propre filière, notre centrale d'achat, et nous allons même financer la transition du conventionnel au bio avec les agriculteurs (…) On va réinvestir les circuits courts (…) : en un an on a travaillé avec 12000 producteurs locaux pour signer 7000 partenariats ».

D’une superficie comprise entre 400 et 800 mètres carré, ces magasins  appelés « Le marché bio Leclerc » ou « Le village du bio » tenteront de tirer leur épingle du jeu dans un marché évalué à 8 milliards d’euros en France (troisième marché du monde, derrière les Etats-Unis et l’Allemagne) et contribueront à aider nos agriculteurs à rattraper le retard pris dans la conversion des terres : seules 6,5% des surfaces agricoles sont dédiées au bio en France, contre 8% en moyenne en Europe.

Gardons-nous de tout préjugé sans pour autant baisser la garde : dans le discours, Leclerc semble toucher juste. En attendant les actes de la nouvelle politique bio du groupe, vis-à-vis des producteurs qui attendent une juste rémunération, comme des consommateurs qui exigent une qualité irréprochable.

Photo : Page Facebook E.Leclerc Bio Dijon