Le plastique, c’est mal. Le commerce équitable, c’est bien. Et le plastique équitable alors ?

Comme tout citoyen éco-responsable, vous souhaitez la fin de la pollution plastique de notre planète. Les huit millions de tonnes annuelles de ce produit de l’industrie pétrochimique qui finissent dans nos océans vous font horreur. Au contraire, le principe du commerce équitable obtient vos faveurs. La perspective d’acheter des produits de bonne qualité et de voir les travailleurs qui ont aidé à les confectionner mieux rémunérés est séduisante, il faut bien le reconnaître. Si vous vous reconnaissez dans cette courte description, la chaîne de magasins de cosmétiques The Body Shop vous mettra bientôt face à un sacré dilemme en proposant un après-shampooing au beurre de karité dans un emballage en plastique équitable. Oui oui, du plastique équitable. Explications.

The Body Shop s’est rapproché de Plastic for Change, une organisation humanitaire et environnementale qui s’est fixée comme but d’aider le million et demi d’Indiens (principalement des femmes) qui survivent du recyclage des déchets à être mieux rémunérés. Dans une société cloisonnée comme l’est la société Indienne, la tâche de tri et de recyclage des déchets est souvent réservées aux petites gens : la ville de Pune (3 millions d’habitants tout de même) a par exemple confié en 2014 aux femmes « intouchables » le monopole du tri des déchets de la cité. A même les montagnes de déchets (près de 190 000 tonnes d’ordures produites CHAQUE JOUR sur le territoire de l’Inde), elles s’affairent à séparer le plastique du reste. C’est auprès de ces collecteurs de plastique que The Body Shop et Plastic for Change se fournissent en matière première.

En recyclant des déchets qui auraient mis des siècles à se décomposer, les acteurs de cette filière rendent évidemment service à la planète, mais l’appellation de « plastique équitable » devrait en faire tiquer plus d’un. Pour fabriquer 3 millions de flacons en plastique recyclé, les deux entités se sont engagées à acheter 250 tonnes de plastique recyclé auprès des collecteurs indiens d’ici la fin de l’année, assurant à cette communauté délaissée un revenu minimum et décent.

Noble initiative qu’il est bien difficile de critiquer, évidemment : cela ne nous empêchera pas d’inciter nos lecteurs à s’orienter vers les magasins bio, où les produits d’hygiène corporelle y sont proposés en vrac, pour tenter d’en finir définitivement avec le plastique, équitable ou non.

Photo : The Body Shop