La question peut amener à sourire ou, au contraire, à grimacer. Des chercheurs américains tentent pourtant d'y répondre le plus sérieusement du monde.

Si l'on devait décerner un trophée du projet écologique le moins sexy de l'année, les votes seraient sans doute déjà clos et la récompense remise au "Rich Earth Institute" (REI), une organisation américaine qui s'est donnée pour but d'utiliser les rejets du corps humains comme engrais. En l'occurrence, l'urine. Depuis 2011, ses membres cherchent en effet à prouver que l'urine humaine peut remplacer avantageusement et efficacement les engrais chimiques habituellement répandus sur les cultures. Et pour cause, notre précieux liquide contient du phosphore, de l'azote et du potassium, soit des nutriments essentiels à la croissance des plantes.

Si, à ses débuts, le REI ne comptait que sur ses membres et quelques proches pour collecter de l'urine (plus de 2000 litres récoltés la première année tout de même), une véritable communauté s'est formée dans le Vermont, là où le projet est né, à tel point que l'Institut espère collecter 20 000 litres cette année. Si l'entreprise peut sembler quelque peu dégoûtante, il ne s'agit pourtant pas de déverser tel quel et à même le sol le liquide amassé. Une première étape consiste à le diluer dans de l'eau pour obtenir le dosage optimal des éléments nutritifs pour les plantes. Ce liquide est ensuite stocké dans des réservoirs exposés à une température supérieure à 20 degrés : après 30 jours passé à cette température, "l'engrais humain" est débarrassé de potentiels agents pathogènes et peut être épandu.

Les premiers tests effectués en 2012 sur des champs de foin ont été concluants, avec une récolte deux fois supérieure pour les surfaces traitées au mélange du REI par rapport à celles simplement arrosées d'eau. Ce genre d'expérience, nouvelle dans sa dimension "humaine", s'inspire pourtant simplement d'une technique employée depuis la nuit des temps par les agriculteurs, qui consiste à disperser sur leurs terres les déjections des animaux qu'ils élèvent par ailleurs. Ils évitent ainsi de se noyer sous une quantité de déchets animaux en les réutilisant à bon escient, et peuvent en plus s'affranchir d'une bonne partie des engrais chimiques utilisés habituellement.

Les travaux de notre Institut semblent d'ailleurs trouver un écho auprès des autorités américaines puisque le ministère de l'Agriculture local lui a octroyé une aide de 10 000 dollars pour continuer à mener ses expériences. Un problème se pose cependant : plus les volontaires sont nombreux, et plus la probabilité de tomber sur une personne sous traitement médicamenteux ou sur un utilisateur d'une drogue quelconque (et les traces dans l'urine qui vont avec) augmente, mettant à mal la viabilité et la sécurité sanitaire du projet.

Espérons pour ces chercheurs qu'ils trouveront une solution à ce problème à venir, et souhaitons-leur bonne chance pour avoir osé sortir des sentiers battus.