En publiant hier un rapport sur la présence de substances chimiques dangeureuses dans les vêtements de certaines grandes enseignes, Greenpeace entend faire changer les choses.

L'année dernière, Greenpeace lançait sa campagne Detox. Sa cible : les enseignes et fabricants textiles. L'ONG avait alors publié deux rapports, qui pointaient la délocalisation de la confection en Chine, et les rejets toxiques de nombre de fournisseurs dans les fleuves locaux, avec de graves pollutions à la clé. Des substances chimiques qui finissaient dans les fleuves pour certaines, mais qui restaient imprégnées dans les fibres des vêtements pour d'autres. Hier 20 novembre, Greenpeace persiste et signe en publiant un nouveau rapport, "Les dessous toxiques de la mode" et en ciblant directement la marque Zara.

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Pour cela, l'ONG a mené l'enquête en allant acheter 141 articles dans 29 pays, dans 20 enseignes de mode différentes. Parmi elles, Zara, Victoria's Secret, Mango, H&M, Levi's ou Esprit. A chaque fois, la concentration de divers composants chimiques a été analysée, à la recherche notamment d'éthoxylates de nonylphénol (NPE), de bisphénol et d'amines, autant de substances potentiellement dangereuses pour la santé. 89 des articles passés au crible de l'analyse contiennent des NPE (au moins un de chacune des vingt marques, pas de jaloux), quatre d'entre eux cachaient des concentrations élevées de phtalates, et deux contenaient des amines, une substance cancérogène. Au total donc, 95 articles sur les 141 décortiqués, soit deux tiers, sont potentiellement dangereux pour la santé et l'environnement.

La France n'est bien entendue pas épargnée par le phénomène : sur les cinq articles achetés sur notre sol (chez Armani, Benetton, C&A, H&M et Gap), quatre contenaient des NPE, et l'un d'entre eux comportait des traces de phtalates, une substance jugée "extrêmement préoccupante".

Par cette action et la diffusion des résultats, Greenpeace entend faire pression sur les marques, les encourager à abandonner la "fast-fashion", soit des collections sans cesse renouvelées, qui imposent aux fournisseurs des cadences infernales favorisant le recours à des méthodes peu respectueuses de l'environnement comme des travailleurs. L'ONG espère même que les marques s'engagent sur un objectif de "zéro déchet" à atteindre d'ici 2020. Quant aux gouvernements, ils sont encouragés à s'engager eux aussi sur un objectif "zéro déchets", concernant lui les substances toxiques dangereuses. Un objectif à atteindre dans les 25 ans. Les citoyens (et consommateurs), eux, voient leur vigilance sollicitée pour ne plus encourager de telles méthodes.

Greenpeace tient d'ailleurs à préciser que ses travaux ne sont pas vains puisque lors de la précédente campagne Detox, six grandes marques (Puma, Nike, Adidas, H&M, Li Ning et C&A) se sont d'ores et déjà engagées à en finir avec leurs rejets toxiques, grâce à un travail en collaboration avec leurs fournisseurs.

Zara et les autres feraient bien de s'en inspirer…