Retour sur cette sombre affaire dont Greenpeace fut victime et où se mêlent essais nucléaires, services secrets et tragédie.

Si l'ONG Greenpeace est aujourd'hui aussi célèbre dans le monde entier, elle le doit évidemment à ses nombreuses actions d'éclat en faveur de la protection de l'environnement. Mais c'est peut-être aussi bien malgré elle grâce à l'évènement survenu en 1985, quand son navire amiral "Rainbow Warrior" subit deux explosions coup sur coup et coule dans le port d'Auckland, en Nouvelle-Zélande.

A l'époque, le Rainbow Warrior et ses membres d'équipage sortent tout juste de campagnes victorieuses contre les baleiniers ou le massacre des phoques gris. Leur mission suivante : l'atoll de Mururoa, où le gouvernement français procède à des essais nucléaires. Pour se rapprocher de cet atoll du Pacifique, le navire arrive à Auckland, en Nouvelle-Zélande, le 7 juillet 1985. Dans la nuit du 10, deux bombes explosent : Fernando Pereira (membre d'équipage et photographe) est tué, la coque est brisée, le bateau sombre en quelques minutes. L'histoire aurait pu s'arrêter là : un attentat contre une ONG dont les combats ne lui ont pas toujours attiré que des sympathies. Les coupables auraient été trouvés, arrêtés, jugés et punis. Fin de l'histoire. Sauf que non.

Le 12 juillet, la police locale interpelle deux touristes suisses, les époux Turenge. Vérification faite, il s'agit en fait de Dominique Prieur et Alain Mafart, deux agents de la DGSE, les services secrets français. La découverte d'un canot pneumatique ayant permis de s'approcher du Rainbow Warrior pour y poser les bombes confirmera la thèse de leur culpabilité puisque les enquêteurs y retrouvent les empreintes digitales des faux-époux. Dans les semaines suivant l'attentat, c'est le gouvernement français qui est directement mis en cause et qui finalement accepte de révéler la vérité : le navire de Greenpeace a bel et bien été coulé par des agents de la DGSE "sur ordre". Si son nom n'est jamais cité, l'ombre de François Mitterrand plane, selon l'ONG, sur cette sombre affaire. Les conséquences politiques ne se font pas attendre puisque Pierre Lacoste (alors patron de la DGSE) est renvoyé, alors que Charles Hernu (Ministre de la Défense) est contraint à la démission. De son côté, l'ONG est blacklistée, contrainte de fermer son antenne locale, qui ne rouvrira que deux ans plus tard, en 1987. 

L'affaire du Rainbow Warrior reste de nos jours l'un des plus grands fiascos des services secrets français, mais aura au moins permis de mettre en lumière le travail, les convictions et la détermination des militants de Greenpeace. L'ONG n'a d'ailleurs pas abandonné le nom de son batîment coulé par la France, elle a même inauguré cette année le Rainbow Warrior III, construit avec l'aide des internautes.

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