A la ville comme la campagne, les centrales à biogaz se multiplient, provoquant parfois la colère des riverains.

C'est un phénomène naturel qui se produit habituellement dans les marais : la décomposition de matières organiques en milieu dépourvu d'oxygène dégage de grandes quantités de méthane. Les chercheurs sont parvenus à reproduire ce phénomène, ce qui nous permet aujourd'hui de produire du biogaz à partir de pratiquement n'importe quel type de déchets d'origine animale ou végétale. Résidus alimentaires, textiles, déjections d'animaux, bois déchiquetés, algues vertes... La méthanisation aurait le potentiel de nous débarrasser de la plupart de nos déchets non toxiques.

Pour les agriculteurs par exemple, les avantages du procédé sont nombreux, puisque la matière restante après méthanisation (ou digestat) peut dans certains cas être réutilisée comme fertilisant dans les champs. Et surtout, le biogaz produit peut être injecté sur le réseau de transport de gaz (géré par GRDF) au même titre que le gaz naturel, ce qui constitue un salaire d'appoint souvent bienvenu. Cerise sur le gâteau, cette énergie est totalement verte, puisqu'elle ne rejette aucun gaz polluant.

Le gouvernement l'a bien compris, qui a mis en place dans le cadre de son plan national biogaz un tarif spécial de rachat pour cette énergie. Les régions aussi s'y sont mises, en soutenant les projets de centrales à biogaz à coups d'aides publiques et d'une fiscalité largement préférentielle. Objectif : multiplier par quatre la production de biogaz entre 2010 et 2023, et permettre ainsi l'approvisionnement de 800 000 foyers en électricité renouvelable hors chauffage.

Mais il y a un mais : un peu partout sur le territoire, des unités de méthanisation existantes ou en projet affrontent la fronde des riverains. Au chapitre des inquiétudes sans réel fondement, on trouve le mythe du "coup de grisou", c'est-à-dire du risque d'explosion pure et simple de la centrale.

Le plus grave cependant, ce ne serait pas les risques éventuels, mais la présence même de la centrale, qui se ferait parfois sentir à plusieurs pâtés de maisons. Lorsque le processus est mal géré, le stockage des boues d'épuration à proximité de la centrale a le gros défaut de produire une odeur d'œuf pourri qui se répand dans tous le voisinage, forçant les riverains à se calfeutrer chez eux toutes vitres fermées s'ils veulent éviter la nausée. Autre problème récurrent : pour s'assurer des rentrées suffisantes de matière organique, le méthaniseur doit couvrir une zone de collecte suffisamment large. Ce qui a le chic de faire exploser le transport routier dans la zone...

Ces problèmes conduisent certains élus locaux à dénoncer cette technologie comme n'étant "pas encore mature", donc pas viable sur le terrain, alors qu'elle représente dès aujourd'hui des coûts réels pour le contribuable. On peut espérer que les ingénieurs en charge des méthaniseurs actuellement en projet de construction veilleront à régler ce petit souci.

Mais en attendant une solution, les riverains malchanceux devront rester chez eux...