Ces dernières décennies de nombreux scandales écologiques ayant éclaté ont remis en question l’omniprésence des substances chimiques et synthétiques dans l’environnement et la chaîne de production.

On pourrait à titre illustratif mentionner le scandale de la contamination à la dioxine en Europe (1999), le lait maternel frelaté chinois (2008), les graines germées contaminées (2011). Cette situation a eu le mérite de faire se décider une frange de la population européenne à contrôler davantage les sources et formes de production des aliments qu’elle consomme.

L’alimentation dite biologique et qui promeut les systèmes de production exempte de tout augmentateur chimique de performance connaît depuis lors un regain d’intérêt. L’alimentation biologique est-elle pour autant plus saine que l’alimentation dite traditionnelle et quelles en seraient donc les vertus.

Les chiffres de l’alimentation biologique

L’alimentation biologique affiche des chiffres de croissance positive partout dans le monde, signe des changements de standards des consommateurs. Dans le monde on évaluait en 2015 à 51 millions d’hectares la surface globale consacrée à l’agriculture bio. La France est l’un des pays ou le bio connaît une spectaculaire croissance. L’Hexagone a en effet enregistré entre 2015 et 2016 une hausse de 16,3% de la surface arable consacrée au bio, passant ainsi à 1 538 047 hectares. En 2017, ces chiffres passaient à 1,8 million d’hectares au 30 juin soit une hausse de plus de 15% en seulement 6 mois. L’agriculture biologique pèserait 6,9 milliards d’euros en 2017 soit une hausse de 20% sur les deux dernières années.

La production de viande n’est pas restée en marge de ce mouvement puisque l’industrie animalière a souvent fait l’objet de quelques scandales qui ont poussé les consommateurs à plus de vigilance ; le plus récent et marquant étant la série de vidéos insoutenables publiées par l’association L214 montrant les conditions d’élevage dans les grandes exploitations de volaille et aussi de porcs. À cela il faut ajouter les différentes épidémies de vache folle, de grippe aviaire, de peste porcine ou encore l’histoire des chevaux vendus en boucherie, qui de façon épisodique se déclenche.

L’Interbev, l’association interprofessionnelle du bétail et de la viande a annoncé une croissance de 10% sur un an du volume de viande bio produite en France et estimée désormais à 35 572 tonnes. Une rupture de stock aurait même été même observée dans l’approvisionnement de la viande porcine bio malgré les 8% de croissance du tonnage.

 

L’alimentation biologique à l’épreuve de l’évaluation scientifique

L’abattage médiatique qui entoure l’alimentation biologique se fonde généralement sur l’expérience d’observations empiriques. Les scientifiques tentent de plus en plus de démêler le vrai du faux en apportant souvent un bémol aux vertus annoncées.

Deux études ont valeur cardinale dans l'évaluation des performances l’alimentation biologique. La première est celle publiée par plusieurs scientifiques le 27 octobre 2017 dans la revue EnvironmentalHealth, et qui s’appuie sur les résultats de plusieurs études jugées sérieuses. La seconde étude est, elle, française et conduite par l’INSERM, l’INRA et NutriNet Santé.

Globalement toutes les études s’accordent sur le fait que l’alimentation biologique a une meilleure incidence sur le bien-être et la santé.

Produisant les aliments en reproduisant au maximum les conditions de la nature, sans recourir à un quelconque produit de synthèse, l’alimentation biologique se veut saine et se rapproche du régime paléo de nos ancêtres du paléolithique, période d’avant l’apparition de la technique.

 

Les aliments qu’ils soient biologiques ou non sont susceptibles de provoquer chez le consommateur des maladies telles que celles cardio-vasculaires, le diabète de type 2, la pression artérielle, le faible niveau de bon cholestérol HDL, l’obésité...etc. Lorsque pour un même individu on rencontre trois de ces maladies simultanément, on dit que la personne souffre d’un syndrome métabolique, très fréquent chez ceux qui ne consomme pas biologique.

 

  • bio et mortalité

E. Kesse-Guyot, directrice de l’INRA et également l’une des auteures de l’étude française a donné un décryptage des résultats de l’étude. S’agit des maladies liées aux risques.

En prime abord, manger bio diminue de près de 5% les risques de décès puisque dans la cohorte de NutriNet Santé la mortalité des personnes atteintes de syndrome métabolique était de 16,4% contre seulement 11, 9% pour les personnes mangeant bio.

 

  • bio et maladies liées au poids

Seuls 12% des personnes mangeant bio sont susceptibles de souffrir d’un syndrome métabolique alors que près de 21% des personnes n’ayant pas une alimentation à dominance biologique ont affiché dans la cohorte NutriNet un syndrome métabolique.

Il est observé également une baisse de 31% de l’obésité chez les consommateurs de bio.

Clairement, il ressort de l’analyse de ces résultats qu’en consommant bio vous n’aurez pas à vous engluer dans le difficile parcours de ceux qui cherchent sans cesse comment perdre du poids.

La consommation de l’alimentation bio diminuerait le risque de prééclampsie ou complication observée au cours de la grossesse du fait de la pression artérielle.

 

  • Bio, système neurologique et exposition aux produits synthèses

Consommer bio n’annule pas le risque d’exposition aux pesticides ou aux herbicides, mais le réduirait de 43,7% en dessous du seuil maximal autorisé.

L’une des conséquences les plus graves de la consommation d’aliments exposés aux composés organophosphorés serait des séquelles neurologiques sur le développement des foetus.

 

  • Bio, antioxydants et biorésistance

De l’avis du professeur E. Kesse-Guyot les vertus de l’alimentation biologique tiennent aux forts niveaux d’antioxydants et de vitamines C en comparaison avec une alimentation jugée classique ; ces antioxydants ont un rôle bénéfique dans l'immunité contre les maladies telles que le cancer. Aussi, la consommation de viande non biologique entraîne une biorésistance des bactéries chez l’homme du fait de l’utilisation des antibiotiques dans l’élevage.

 

De l’analyse des résultats issus des différentes études, on retient que tout consommateur gagnerait à opter pour l’alimentation biologique.