L'exploitation des gaz de schiste pollue. Mais elle présente aussi, hélas, des avantages économiques qui poussent de plus en plus de pays à l'adopter. Quels sont-ils ? Eléments de réponses... 

La dernière lubie des géants mondiaux de l'énergie qui voient les réserves de pétrole se tarir inexorablement et le climat se réchauffer de manière dramatique n'est pas de développer les énergies renouvelables. Bien au contraire. C'est l'exploitation des gaz de schiste. Ces gaz, enfouis dans la croûte terrestre et prisonniers des roches, représentent un moyen facile de maintenir leur activité voire dans certains cas comme aux Etats-Unis, de rêver d'indépendance énergétique... Le Graal.

Mais la technique utilisée pour les extraire, la fracturation hydraulique, présente un coût écologique élevé : elle consiste à envoyer à de fortes pressions de l'eau mélangée à du sable et des produits chimiques, censés fracturer les roches en profondeur, capturer les gaz, et les faire remonter en surface. Les nappes phréatiques risquent alors d'être irrémédiablement polluées, et l'incroyable ballet de camions nécessaires à une telle entreprise contribue allègrement au réchauffement climatique. De plus, un puits de forage de ce genre n'offre un rayon d'action que de 200 mètres : les champs d'exploitation se retrouvent donc percés comme des gruyères, et les paysages détruits. Mais ces contraintes écologiques ne suffisent pas à refroidir certains Etats? 

En premier lieu : les Etats-Unis. Le pays de l'Oncle Sam (qui n'avait pas ratifié le protocole de Kyoto) s'est lancé dans cette entreprise il y a une dizaine d'années. Le bilan écologique est évidemment déplorable mais les Etats-Unis ont atteint leur but : ils sont en passe de ne plus dépendre de personne pour produire du gaz. Pour la face sombre de l'industrie des gaz de schiste américaine, nous vous conseillons de visionner "Gasland", un documentaire effarant sur le sujet… 

Le voisin canadien bénéficie lui aussi de réserves potentiellement gigantesques. Mais alors que le gouvernement québécois avait distribué des permis d'exploitation, il a dû se raviser devant la fronde des citoyens. Un rapport d'évaluation environnementale est attendu pour le printemps 2013. D'ici là, les opérations sont suspendues. 

La Chine ne se laissera pas distancer par les Américains dans cette industrie. Fin 2012, elle a lancé un appel d'offre à l'exploitation de 20 blocs de son territoire, pour une surface totale de 20 000 mètres carré. Les experts estiment que d'ici 2015, quelques 1500 puits pourraient être percés en Chine. Néanmoins, le coût élevé de cette exploitation pourrait freiner les ambitions de la Chine, elle qui tire aujourd'hui 70% de son électricité du charbon, un combustible bon marché dont elle maîtrise toute la chaîne de production.

En Europe, c'est la Pologne qui est à la pointe de l'exploitation des gaz de schiste. En plus de disposer des plus grandes réserves de l'UE, le pays entend diminuer sa dépendance vis-à-vis de son voisin russe, d'où elle importe plus des deux-tiers de son gaz naturel. Pour le reste des pays membres, la stratégie adoptée semble être d'attendre. Attendre que l'exploitation soit moins polluante (ou moins chère...), attendre d'être certain que ses conséquences ne sont pas irréversibles… Et alors que les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont lancé des programmes d'exploration, que l'Allemagne a fait de même "sous conditions environnementales", la France, pour l'instant, a suspendu tous les permis d'exploration. Le pays saura-t-il résister à la pression économique?