Pour aider au repeuplement d’une mer intérieure, les Pays-Bas ont bâti un archipel entier. Pour quels résultats ?

Défier la nature, chez les Hollandais, c'est une obligation. Un proverbe local affirme même que "Dieu a créé la Terre, mais les Hollandais ont créé la Hollande". Sur les 41 530 kilomètres carré de superficie du pays, un quart environ a été gagné sur la mer du Nord depuis le Moyen-Âge. Construire des digues, assécher les lacs artificiels nouvellement créés grâce à des pompes actionnées par les ailes des innombrables moulins du pays. Et recommencer, plus loin.

Au XXe siècle, la construction d'une nouvelle digue au milieu d'un lac artificiel appelé l’Ijsselmeer a créé un nouveau lac, le Markermeer, et a eu des conséquences écologiques désastreuses : en le transformant en espace clos restreint, les sédiments qui étaient autrefois répartis dans un bassin 3 fois plus grand ont commencé à se déposer au fond du lac, et à s'accumuler, petit à petit. Les eaux se sont alors troublées, ont moins laissé filtrer la lumière, ce qui a eu pour conséquence de bloquer la photosynthèse des plantes aquatiques. Ces plantes devenant plus rares, les micro-organismes qui dépendent d'elles ont peu à peu disparu. Puis, les poissons dont les micro-organismes constituent le régime de base, se sont presque éteints. Et enfin les oiseaux qui se nourrissent de ces poissons ont abandonné les 700 km² de la Markermeer, la transformant en vaste étendue fantôme. Digue : 1. Biodiversité : 0.

Les Hollandais ont donc rechaussé leurs sabots de terraformateurs pour faire revivre cet immense lac : en deux ans et demi, cinq îlots, d'une surface totale de 700 hectares, ont ainsi émergé des flots. Après un peu plus d'un an d'existence, les autorités locales dressent un bilan écologique de cet archipel artificiel de sable et de limon appelé Marker Wadden. La végétation est réapparue, au point que 127 espèces de plantes y ont été recensées. Les îlots ont aussi permis au plancton de croître dans des proportions inimaginables il y a encore 5 ans, proposant un festin aux poissons restants dans le lac, qui ont alors pu se multiplier... et faire revenir leurs prédateurs : les oiseaux échassiers et migrateurs ont en effet progressivement investi quatre des îlots (le cinquième servant de base d'observation aux humains) qui, désormais, grouillent de vie.

"La vie trouve toujours un chemin", comme dirait Ian Malcolm dans Jurassic Park.

Photo : Capture d’écran Youtube