Eva Joly n’est pas seule à représenter l’écologie aux présidentielles de 2012 : Corinne Lepage est aussi dans la place.

Ce matin, à 11h, Corinne Lepage présentait son programme présidentiel à la presse. Le lieu choisi était le Press Club, de l'autre côté du boulevard périphérique à Paris, autant dire le bout du monde. Les plus fidèles d'entre vous se souviennent peut-être de nos 50 minutes d'attente avant le début de la conférence de presse du pandathlon en décembre dernier : cette fois-ci, arriver 5 minutes en avance n'a pas suffi, Corinne Lepage était déjà lancée quand nous nous sommes assis.

Une quarantaine de journalistes se sont massés dans la salle pour écouter la candidate présenter son programme pour les élections présidentielles, détaillé en 70 points. Nous ne sommes encore pas entrés dans le vif du sujet que le président Sarkozy est déjà habillé pour l'hiver prochain : Corinne est offensive, tape sur le bilan du locataire de l'Elysée et sur son idée de multiplier les référendums qui sont, selon elles, utilisés comme un instrument de clivage des Français. Le début de la conférence, il est vrai, n'est pas forcément destiné aux médias écolos. En tant que candidate à l'Elysée, Madame Lepage se doit de présenter les axes économiques et sociaux de son programme, axes dont nous vous faisons grâce. A retenir : elle veut faire des milliards d'euros d'économies un peu partout. On commence à piquer du nez, quand elle annonce soudain vouloir taxer les transactions financières, et surtout instaurer une taxe carbone. A notre gauche, un convive n'écoute absolument rien de ce qu'il se dit dans la salle, mais il a une légion d'honneur au revers de sa veste, alors ça va.

Corinne Lepage attaque ensuite le chapitre "énergie" de sa présentation, avec le "plan SOLEIL" (pour "Solution énergie investissement long terme") : en gros, elle souhaite une troisième révolution industrielle, écologique, qui permettrait par exemple aux DOM de devenir indépendants énergétiquement grâce à l'exploitation des énergies renouvelables. Le fonds destiné à financer ce plan serait alimenté entre autres par la taxe carbone dont nous parlions plus haut, et devrait atteindre les 10 milliards d'euros par an. On continue dans la veine écologiste, et la candidate reprend l'idée du référendum, en se différenciant bien de Nicolas Sarkozy : ceux de la présidente de Cap 21 seront "démocratiques et non populistes". Ils porteront, entre autres, sur les OGM, les gaz de schiste, ou le nucléaire. Pour cette dernière possibilité, la candidate se prononce bien sûr en faveur d'une sortie du nucléaire, mais une sortie qu'elle n'estime pas possible avant un bon quart de siècle. La question alors posée aux Français ne serait pas "Etes-vous pour ou contre le nucléaire ?", mais "Etes-vous favorables à la construction de nouvelles centrales en attendant la sortie de l'atome ?".

On retrouve ensuite l'ancienne avocate, qui désire créer un tribunal pénal international de l'environnement, pour "mettre fin aux scandales écologiques qui ne font jamais ou presque l'objet de grands procès". Arrivent les volets justice, finance, santé et Europe qui nous passionnent beaucoup moins, et la conclusion métaphorique en lien direct avec l'actualité et le naufrage du Costa Concordia : "Quand le capitaine se trompe de cap et envoie le navire dans les récifs, il faut changer les deux : le cap et le capitaine".

                                                Collée / Décollée : l'affiche de la candidate

C'est fini ? Pas encore, place au petit jeu des questions/réponses. Jean-Louis Borloo nommé à la tête de Veolia ? Réponse de Corinne Lepage : "Après avoir fait de l'écologie une grande préoccupation, Nicolas Sarkozy en est le principal fossoyeur. Jean-Louis Borloo patron de Veolia, et Claude Allègre, négationniste du réchauffement climatique qui soutient le président, c'est tout un symbole."

Les petits candidats (Hervé Morin, Christine Boutin) qui se retirent, est-ce que cela donne des idées à notre hôte ? "Hors de question" répond-elle du tac au tac. Elle rappelle qu'elle est dans l'écologie depuis 35 ans, et qu'elle estime avoir quelque chose à proposer.

Et puis le moment tant attendue, qui porte sur Eva Joly, l'autre figure écolo de la campagne. Corinne Lepage sort alors les pistolets, les mitraillettes, les canons et toutes les armes à sa disposition et ouvre le feu. Florilège : "Le programme d'Eva Joly n'est pas crédible" ; "Avec l'accord passé avec le Parti Socialiste, sa candidature devient inutile et dessert l'écologie" ; "L'écologie a besoin d'un défenseur, d'un avocat, pas d'un juge !". Un dernier petit mot doux pour François Bayrou, avec qui Cap 21 était pourtant associé à une époque, avant de se quitter : "Il n'y a pas de réconciliation possible avec le MODEM, dont le programme renvoie plus à 1950 qu'à 2050". Boum.

On pensait en avoir fini avec l'écologie politique pour aujourd'hui, et à peine assis dans le métro, le regard de votre serviteur est attiré par un tract jeté au sol : le programme écolo du Front de Gauche. Le sujet intéresse tous les partis, c'est déjà une bonne nouvelle...