Nadège Winter fait partie de ces personnalités inclassables... Mode, musique, art, divertissement, elle transforme tout ce qu'elle touche en "truc branché"... et elle pourrait bien en faire autant avec l'Ecologie! Nous avons profité de la sortie de "God Save The Green", une série de courts-métrages qu'elle vient de produire avec la web TV Konbini, pour en savoir plus sur sa méthode...

Introduction


1. Road to Green (1)

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MarcelGreen.com: Quel a été ton cheminement vers le "Green" et la série de courts-métrages "God Save the Green"?

Nadège Winter: J’ai touché à pas mal de choses avant de bosser avec Kombini. J’ai commencé par la musique et puis j’ai ressenti le besoin de faire autre chose, de m’intéresser à l’image notamment.

C’est à cette époque que j’ai eu une opportunité incroyable au palais de Tokyo : j’y ai bossé pendant 2 ans comme directrice de la communication. Et puis les ralentissements liés au statut semi-public du musée sont devenus un peu contraignants.

On m’a alors proposé de travailler en tant qu’Attachée de Presse chez Colette. J’ai accepté, mais avec l’idée d’aller au delà des RP et de travailler plus largement sur l’image et la communication de la marque. Ca a été une période géniale qui m’a permi de toucher à toutes les disciplines qui me sont chères : la mode, la musique, la beauté, l’art, tout en gardant ma vision décalée, issue du monde de l’"Entertainment". Ce bagage me permettait d’offrir un regard nouveau sur des univers comme celui de la mode, moins élitiste, moins cliché.

Et puis au bout de 4 ou 5 ans, j’ai ressenti le besoin de mettre plus de sens dans ce que je faisais. J’ai réalisé que je pouvais profiter de la visibilité qu’on m’offrait en tant que responsable de la communication chez  Colette pour glisser des valeurs plus profondes dans mon discours sur la mode ou l’"Entertainment".

A cette époque, j’étais très sensible aux discours récurrents sur l’environnement, mais je trouvais que l’offre de produits ne suivait pas. C’est comme ça que j’ai eu envie de développer ma propre offre et que j’ai lancé la ligne de T-shirts « God Save The Green » (cf photo)...


2. Road to Green (2)

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NW (suite): Ca a vraiment été le point de départ. Ensuite, on m’a appelée pour faire une installation au salon du Prêt à Porter. J’ai créé un espace « Green is In » où je donnais ma vision du « Green » dans la mode. J’avais créé des slogans, des flyers, des jeux, des installations vidéos, etc.

Je l’ai fait aussi chez Colette, avec flyers, installations murales et bacs de recyclage pour que les gens amènent leurs vieux T-shirts. On les réutilisait ensuite pour la marque « God Save The Green »

god-save-the-green-nadege-winter41 Ensuite, j’ai fait une série limitée de baskets recyclées pour Colette avec la marque Monbianco. Je leur est demandé d’aller chercher les matières premières sur les marchés aux puces avec des indications de tissus, comme le liberty, ou le jean.

Ensuite, on a « reshapé » toute la basket avec ces tissus, on a récupéré de vieilles semelles « collector » sur lesquelles on a inscrit « Recycled »  pour que la basket laisse cette marque dans le sol. Le tout, assemblé avec une colle a l’eau.

god-save-the-green-nadege-winter12 J’ai aussi ouvert mon blog, GreenDreamTeam.com, avec des amis pour réunir des informations qui nous séduisent parce qu’elles font la promotion de ce que j’appelle le Glam’ Green’.

A l’époque, j’avais du mal à trouver de l’info « Green » qui me donne envie. J’avais besoin d’être informée sur le green avec les mêmes codes d’image, de slogan, les mêmes propositions que ce que l’on peut voir sur style.com, CoolHunter.com, etc.

god-save-the-green-nadege-winter11 C’est aussi ce qui a inspiré une édition du magazine WAD pour laquelle on m’a demandé d’être rédactrice en chef il y a 2 ans. Je voulais parler de tout ce que j’aime: la mode, la musique, le clubbing, le voyage, l’art et c’était aussi l’occasion de parler d’Ecologie. On a pas tous les jours un magazine qui nous donne carte blanche ! En revanche, j’ai fait attention à traiter l’écologie de la même façon que les autres rubriques. Je ne voulais pas qu’il y ait un distingo entre le « Green » et le reste.

Voilà comment ma sensibilité s’est développée… Bon, on pourrait aussi remonter plus loin au moment ou je passais mon mercredi après-midi à faire signer des pétitions pour sauver les dauphins… (rire)


3. La "méthode" Nadège Winter

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MG: Quelle est la "méthode Nadège Winter?

NW: D’abord, c’est d’assumer le fait que je ne suis pas une spécialiste. L’écologie, c’est un puit sans fond, chaque question en soulève une autre, il y a toujours 12 "oui mais" ! C’est très difficile de savoir ce que tu dois faire, donc je préfère assumer le fait que je ne maitrise pas parfaitement et m’entourer de gens qui maitrisent ou qui m’aident a maitriser. Mon truc, c’est de fabriquer le message qui donne envie… d’y aller, d’en parler, d’essayer, etc. Pour moi, c’est ça la clé.

J’ai une culture d’image, de slogan, un peu "pubard". Je suis convaincue qu’un message passe mieux avec un slogan fort et court. J’essaie de détourner les codes de la pub qui nous parasitent de conneries et de les utiliser pour passer mon message.

Après j’accorde aussi beaucoup d’importance au fait d’"essayer". Je crois que chaque geste est important. Personne n’est parfait, moi je suis un peu la Bridget Jones de l’écologie : un jour je trie très bien et puis le lendemain je rame... Ce n'est pas pour ca que je vais me "fouetter" ou que je vais tout laisser tomber, l’idée c’est d’essayer de s’améliorer. Bien sûr, ca ne doit pas être une façon de se trouver des fausses excuses… il faut trouver le bon équilibre.


4. La série "God Save The Green" sur Konbini

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MG: Peux-tu nous en dire plus sur le projet "God Save The Green" ?

NW: "God Save The Green", c’est un peu la synthèse de tout ça. J’ai eu envie de produire ces vignettes vidéos avant même de rencontrer Kombini, pour tenter d’expliquer à ma façon comment être Green au quotidien.

L’idée c’était de détourner les codes de la publicité pour donner envie aux gens de faire l’effort. Pour nous faire agir, la publicité nous envoie des images faciles  a regarder, attrayantes. Des grands symboles comme la séduction, l’érotisme, le sport, les grosses bagnoles, etc. Je me suis dit "autant les utiliser pour parler d’écologie".

Je suis partie de références comme les pin-up de canal+, ou des clips super trash comme "Smack My Bitch Up » de Prodigy avec des images assez racoleuses, mais que j’ai détourné. C’était aussi une façon de prendre le spectateur à son propre jeu : "tu crois que je vais te montrer des filles qui se déshabillent et puis finalement je te fais passer un message".

En plus, en tant que femme, j’assume complètement le fait d’utiliser des femmes dénudées. En revanche, j’ai fait attention à respecter les codes du chic, donc jamais vulgaire. Je ne voulais pas non plus qu’elles aillent au bout des strip-teases. Et puis je voulais des filles qui adhèrent à la cause, qui soient jolies mais surtout bonnes actrices parce que l’exercice était super difficile. Se retrouver en déshabillé à réciter des ecogestes, c’est pas hyper naturel!

Finalement, c’est toutes ces contraintes qui en ont fait un super projet ! Il fallait faire passer le message tout en évitant d’être critiquable et en restant accessible au plus grand monde.

 

MG: Pourquoi avoir choisi de travailler avec Kombini ?

NW: J’avais le projet en tête avant d’arriver, j’en ai parlé avec Jean-Noël qui est Directeur de Programmation de Konbini et un ami. On avait commencé à y penser ensemble.

La qualité d’image était hyper importante et Kombini offre cette qualité. Et puis je ne voulais pas que le programme soit sponsorisé pour ne pas être récupéré par une marque et rester crédible. C’était un parti pris commun avec Kombini. En revanche, on pourrait imaginer d’ouvrir le programme plus tard à une marque sur la base d’un engagement commun.

 

Les photos exclusives du shooting "God Save The Green":

 


5. Ton rapport à l'Ecologie

MG: Tu assumes le titre d’écolo ?

NW: Je pense que les gens me connaissent d’abord pour mon lien avec le monde du divertissement, de la nuit, de la mode, etc. Du coup j’ai plutôt une étiquette "Green’Glam’" qu’écolo.

Mais c’est vrai que j’ai toujours eu un style de vie assez "healthy" : je mange bio, je fais beaucoup de sport, donc j’ai toujours été un peu la "relou" de la bande. Même quand je suis DJ, je ne bois pas, je suis la seule à rendre mes tickets de conso  la fin de la soirée ! (rire). Donc dans mon entourage, ca semble assez naturel que j’ai développé cette sensibilité à l’écologie… et moi j’aime l’idée d’être associée au green.

Après je ne suis pas à l’aise avec le titre d’écolo parce que je n’ai pas les connaissances et je ne prétends pas donner de conseils. Je suis juste contente de faire partie de la mécanique de diffusion des messages, de jouer la porte-parole d’une manière plus légère, plus décomplexée de vivre la chose.

 

MG: Ton côté Bridget Jones : Quelles sont les petites pollutions dont tu ne peux pas te passer?

NW: Mon scooter. J’ai pas mal de rdv a droite a gauche et je n’arrive pas a m’en passer. Il faudrait que je passe à l’électrique mais je veux pas non plus jeter l’autre avant qu’il soit mort.

Il doit me rester 1 ou 2 ampoules à changer à la maison aussi.

Mais mon pire défaut c’est d’être consommatrice dans l’âme et de continuer d’acheter des trucs dont je n’ai pas un besoin pressant… du coup j’essaie de donner au lieu de jeter.

C’est vrai que je suis une enfant de la société de consommation… C’est aussi pour ça que je suis en attente d’une offre éthique plus large et plus accessible… pour pouvoir consommer de manière plus intelligente.

 

MG: Es-tu beaucoup confrontée au Greenwashing? Comment le gères-tu?

NW: D’un point de vue purement économique, le passage au green peut être très angoissant pour les sociétés. Toutes ne peuvent pas se permettre de revoir leur process de fabrication du jour au lendemain car ce sont des investissements énormes. Là, on rentre dans le débat : "est-ce qu’il vaut mieux un petit pas qui peut ensuite enclencher une vrai remise en question ou pas de pas du tout".

god-save-the-green-nadege-winter81 Après il y a aussi des gens comme Pierre-André Senizergues (Fondateur de la marque Ethnies et co-producteur du film "La 11ème Heure"), avec qui j’ai développé les T-shirt. Lui, il est habité par cette conviction ! Il a reconstruit son building a Malibu dans une démarche architecturale et design écologique. Il est allé en Chine retravailler sur tout le process de fabrication des baskets pour limiter l’usage de colles synthétiques, etc.

Quand j’étais chez Colette, j’assumais le fait de parler d’écologie, parce que pour moi, un magasin comme Colette qui se veut découvreur de tendance et reflet de l’ère du temps se devait de prendre la parole sur ce sujet. Alors c’est vrai que l’assortiment n’était pas 100% "Green", que ça m’arrivait de travailler sur une gamme green dans une collection 100% chimique. Ca, les puristes ne l’admettent pas, ils ne me défendaient pas du tout…

Mais j’essaie de me raccrocher à cette idée du désir, de donner envie au gens de s’y mettre. Et puis j’ai hâte qu’il y aie des créateur de mode qui s’investissent plus…


6. L'Ecologie autour de toi

MG: Tu sens que le message se propage ? Que l’idée fait son chemin ?

NW: Oui, j’ai l’impression qu’il ya de plus en plus de gens qui y pensent au quotidien, qui sont en attente de solutions. Personnellement, je suis de plus en plus consultée par des entreprises qui s’interrogent sur leur politique de communication, qui lancent des projets "Green" et ne savent pas comment en parler…

Après je trouve que l’offre pêche encore. La plupart des grands créateurs sont encore dans des exigences purement esthétiques. Ils ne sacrifient pas leur couleur préférée sous prétexte qu’elle est rendue par une teinture chimique.

 

MG: Est-ce que tu vois des stars françaises s’engager à la manière des stars américaines ?

NW: Oui. Les stars mais aussi la presse.

C’est vrai que c’est une culture très anglo-saxonne de laisser le monde du divertissement prendre la parole pour soutenir des causes ou faire de la politique, mais ca arrive en France maintenant.

Dans la presse, il y a de plus en plus d’éditions "Green", poussées aussi par la demande des annonceurs. Et chacune de ces éditions demande des icônes, des stars à interviewer donc ça crée un cercle vertueux autour des personnalités qui ont cette sensibilité.


7. Tes projets à venir

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MG: Quels sont tes projets du moment ?

NW: J’aimerais bien travailler sur un programme vidéo, une émission qui continuerait a parler des gestes, comme le fait "God Save The Green" et qui défricherait les tendances, offrirait accès au green’ glam’.

Et puis je suis aussi directrice de style pour "Wool And The Gang" (cf photo), une marque de tricot… Moi, je ne sais pas bien tricoter (elle montre son gros pull plein de trou, qui a l’air très confortable…) mais je dessine  des modèles… Ce n’est pas de la laine bio, mais on a mené une vrai réflexion sur le commerce équitable, on fait travailler des locaux au Pérou. En France, je bosse avec l’agence de design Bepole avec qui j’ai travaillé sur tous mes projets écolos. Ce sont des pros du design green.

En 2009, on devrait lancer les soirées tricot : "ApéWool"…

Je compte aussi relancer mon blog prochainement. Je m'apprête à le rebaptiser : GreenKiss.fr.

Et puis je vais essayer de faire des soirées tous les mois comme j’avais fait à la Galerie LH il y a un an et demi, avec une soirée green et des installations un peu comme je faisais chez Colette, des vins bios, etc. Toujours pour essayer de réconcilier le mondes des soirées et celui du "Green"

 

MG: A quand le clubbing green ?

NW: Je travaille avec d’autres collectifs sur un projet qui est encore au stade embryonnaire. Ce serait un festival de musique "Green" à paris. Peut être même pour l'année 2009.

Musicalement, ce serait très éclectique avec de l’électro, du rock, du hip hop, etc. Mais les process de production et de communication seraient complètement "Green", tant au niveau de l’énergie, que des déchets ou des moyens de communications, plus viraux que physiques.

Aujourd’hui, les grands festivals ont commencé à intégrer la contrainte environnementale, il existe des chartes. Mais là, l’idée c’est d’aller plus loin, de faire passer l’écologie au rang de message et pas seulement d’accessoire. Et donc d’utiliser la musique qui est un vecteur de communication hyper fort auprès des jeunes.

 

MG: On a parlé sur MarcelGreen.com du Green Dancefloor de Rotterdam, as-tu entendu parler de son installation en France ?

NW: Oui je le connais. Si je pouvais l’installer, même de manière éphémère, je serais ravie ! J’aurais bien aimé le tester à Rotterdam. Je crois qu’ils vont l’installer à Londres mais j’en ai pas entendu parler à paris…


8. Tes conseils pour convaincre

MG: As-tu des trucs pour convaincre ton entourage ?

NW: De manière générale je suis contre le bastonnage, je pense que c’est a chacun d’avoir le déclic, l’envie…

Par exemple sur les T-shirt "God Save The Green", je voulais que les gens les achètent d’abord parce qu’ils sont cool et qu’il découvrent ensuite que c’est du coton bio, des teintures a l’eau, etc. L’idée c’est de proposer une offre équivalente mais plus éthique.

Je crois aussi beaucoup aux ambassadeurs connus. Notre société fonctionne beaucoup par mimétisme, ça aide à faire passer la pilule.

Et puis je pense également que le changement va arriver par les enfants. Finalement, ce sont eux qui sont les plus éduqués : à l’école, dans la cour, etc. Ils ramènent le discours à la maison et apprennent à leurs parents.

 

MG: Si tu avais été nommée en remplacement de Nathalie Kosciusko-Morizet, quelle aurait été ta première mesure ?

NW: Dire a Borloo d’arrêter de rouler en 607 !

Non, plus sérieusement, la politique est indispensable pour faire le lien entre le monde de l’écologie et le citoyen. Mais c’est extrêmement complexe, c’est une nébuleuse. Moi je crois aussi beaucoup à la responsabilité du citoyen. Chacun doit être autonome et faire sa part de l’effort. Il faut un équilibre entre privé et public.

 

Marcel remercie chaleureusement Nadège et Baptiste de Konbini pour leur accueil...