Aujourd'hui, 10 mai 2011. Cela fait 30 ans, jour pour jour, que François Mitterrand a emporté la bataille de l'Elysée face à Valéry Giscard d'Estaing, le président sortant.

Certains voient dans cette victoire le début de la fin. D'autres y voient la naissance d'un espoir. Mais chacun a son avis. L'occasion pour nous de nous replonger dans le débat mythique entre les deux candidats. "Vous n'avez pas le monopole du coeur" d'un côté. "Vous parlez de l'homme du passé : c'est quand même ennuyeux que vous soyez devenu, vous, l'homme du passif" de l'autre. Les phrases cultes se ramassent à la pelle, comme les feuilles mortes. Et puis soudainement, après plus d'une heure d'échanges entre les deux hommes, la question de l'énergie est abordée et celle du nucléaire. Retour vers le futur...

VGE demande à François Mitterrand pourquoi il veut "interrompre le programme électronucléaire français, (…) alors que je considère que la poursuite de ce programme électronucléaire est indispensable pour assurer l'indépendance énergétique de la France et pour nous libérer de la contrainte humiliante et inquiétante des producteurs de pétrole". Et il sait de quoi il parle, VGE, lui dont le mandat a coïncidé avec les deux chocs pétroliers

Réponse de Mitterrand : "Je ne prends pas le même itinéraire que vous. Vous misez sur le tout nucléaire (…) moi je pense qu'il est possible de diversifier davantage les ressources énergétiques". Tonton va même plus loin en expliquant vouloir développer "les énergies renouvelables non-polluantes".

Et en effet, en matière énergétique, le programme du candidat Mitterrand semble particulièrement avant-gardiste pour son époque et étonnamment d’actualité pour la nôtre, même si tout n’a pas été réalisé, loin de là. Jugez plutôt:

- Dans la 38ème de ses “110 propositions pour la France” : “l'approvisionnement énergétique du pays sera diversifié”, aujourd’hui cette phrase peut faire sourire. Car de diversification il n’y a pas (3/4 de notre électricité est nucléaire), et les “énergies renouvelables non polluantes” dont il parle pendant le débat ne représentent qu’une part infime du mix énergétique de la France.

- 38ème “proposition pour la France” toujours, “Le programme nucléaire sera limité aux centrales en cours de construction, en attendant que le pays, réellement informé, puisse se prononcer par référendum”. Phrase étonnante pour les années 80, alors qu’en 2011, la récente catastrophe de Fukushima a remis la question d’un référendum sur le nucléaire sur le devant de la scène.

- Quant aux économies d’énergie dont parle le futur vainqueur de la bataille (proposition 39), là encore le timing peut sembler avant-gardiste. Dans une France, certes frappée par les chocs pétroliers, mais qui sortait pourtant à peine des 30 Glorieuses, une telle prise de position pouvait paraître anachronique. Malheureusement, pas plus Mitterrand que ses successeurs ne parviendront à enrayer la hausse de la consommation d’électricité qui s’est poursuivie en 2010.

Décidément, 30 ans plus tard, rien n’a vraiment changé : les protagonistes de l’époque étaient-ils en avance sur leur temps ou est-ce ceux d'aujourd'hui qui ont pris du retard ? Pour trancher, nous vous invitons à revivre le débat sur le site de l'INA. Si le passage sur l'énergie vous intéresse, cela se passe après 1h20 de débat. Les plus courageux regarderont l'intégralité : parole d'auteur de cet article, ça vaut vraiment le coup.