Chaque jour, pendant la Semaine du Développement Durable, retrouvez sur MarcelGreen.com l'interview d'un acteur clé du Développement Durable. Aujourd'hui, c'est Joaquin Munoz, Directeur Général de Max Havelaar France qui nous parle d'économie solidaire et de banane équitable... :-)

Introduction

 


1. Le Commerce Equitable

MarcelGreen.com: Vous venez de lancer une campagne de communication internet impliquant Mademoiselle Agnès et le comédien Jocelyn Quivrin, quelles instructions avez-vous données aux publicitaires ?

max-havelaar-joaquin-munozJoaquin Munoz : L’objectif est de montrer que commerce équitable et plaisir ne sont pas antinomiques. C’est ce que veut dire le slogan « Quand c’est équitable c’est meilleur pour tout le monde » Les producteurs s’en sortent mieux et le consommateur a accès à de bons produits.
Le but est de lever les freins à la consommation du commerce équitable (comme le prix, l’inaccessibilité) et de montrer aux consommateurs qui se posent des questions que le commerce équitable offre de « vrais » produits.

MG: Comment faire pour concilier les valeurs d’équité et de coopération que le commerce équitable impose dans ses filières de production avec l’esprit de concurrence qui règne sur les marchés occidentaux où les produits sont écoulés ?

JM: C’est ça le commerce équitable !  Il y a équitable et commerce…

D’un côté, il y a les acteurs économiques, plus de 200 en France et 2000 dans le monde qui utilisent le label international FairTrade Max HAVELAAR. Pour eux l’objectif c’est de répondre aux attentes du consommateur en matière de qualité de produit.

Et de l’autre côté, il y a les 1,7 millions de familles qui bénéficient du commerce équitable dans le monde et qui, pour la plupart, vivent dans des endroits où il n’y a pas de couverture sociale, pas de législation sociale, pas de contre-pouvoir, etc.

On sait aussi qu’il faudra bientôt gérer les conséquences du réchauffement climatique. De plus en plus de rapport montrent que les principaux affectés seront les plus démunis, en milieu rural dans les pays en développement. C’est la bas que l’impact sur le rendement des récoltes, sur les sols, sur la gestion des eaux sera le plus destructeur, le plus générateur de tensions sociales.

Et puis notre objectif, bien sur, c’est de multiplier le nombre de ces personnes qui bénéficient du commerce équitable. Aujourd’hui, c’est 1,7 milions mais on estime le potentiel à 500 millions ! Sur les 9 milliards d’humains qui vivront sur Terre en 2050, les ¾ vivront avec 2 ou 3$ par jour…la question, c’est "Qu’est ce qu’on fait pour eux ?"

MG: Est-ce que le succès du commerce équitable ne risque pas de compromettre ses valeurs ?

JM : Ca me fait toujours rire d’entendre parler du succès du commerce équitable ! On a l’impression que c’est le raz de marée… Mais quand on regarde ce que ca représente, c’est moins de 1% de l’épicerie sèche en France ! Nous sommes une goutte d’eau et le défi, c’est justement de faire changer le système, de montrer que le commerce équitable est quelque chose de généralisable, de répliquable.

Maintenant, c’est vrai que l’on existe dans 21 pays dans le nord et le fait qu’un japonais, un européen et un américains se retrouvent sur l’idée  de payer un peu plus cher pour qu’il y ait plus de règles, plus d’éthique, ça montre bien qu’on est pertinent.

Mais attention à ne pas tomber dans le fantasme du « small is beautiful ». Aujourd’hui quelque soit l’acteur avec lequel on travaille c’est la même garantie, la même confiance. Et il n’est pas question de s’arrêter là, nous estimons que nous avons le potentiel pour multiplier par 2 ou 3 le nombre de bénéficiaires du commerce équitable dans les 5 prochaines années.

 


2. Labels et certification

MG: ECOCERT vient de lancer son label équitable ESR, de quel œil voyez-vous arriver des « concurrents » et qu’est-ce qui continue à faire la singularité du label Max Havelaar ?

max-havelaar-joaquin-munozJM : Je ne les vois pas comme des « concurrents », leur arrivée est bon signe. Encore une fois, le plus important c’est qu’il y ait de plus en plus de producteurs qui bénéficient du commerce équitable. Je fais confiance à ECOCERT pour le contrôle, après ce qui est important, c’est l’engagement qu’il y a derrière et les résultats observés chez les producteurs.

Ce qui fait la force de Max Havelaar, c’est son historique, son expérience. C’est comme en cuisine, vous pouvez partir de bon principe, si les résultats vous montre que vous n’arrivez pas à votre finalité il faut ajuster la recette. Ca fait 20 ans que l’on ajuste.

Nous avons 3 types d’accompagnements :

  • Il y a les contrôles indépendants
  • Il y a l’accompagnement des entreprises pour développer le partenariat avec Max Havelaar, développer le nombre de gammes, et qu’elles acquièrent le sentiment de créer du développement par le commerce
  • Et il y a l’accompagnement des producteurs par des experts en développement agronomique qui font le bilan une fois l’inspection passée

Par ailleurs, nous avons beaucoup travaillé ces 3 dernières années sur l’impact du commerce équitable, afin de mesurer le changement. Autrement dit : comment vit une famille qui est dans une coopérative intégrant le commerce équitable par rapport à une famille qui est dans le marché conventionnel. Nos prises de parole devraient aller dans ce sens dans les prochaines semaines.

Ces études nous ont montré que des changement s’opèrent : une certaine stabilité, un revenu supérieur, une capacité d’investissement, d’adaptation au marché et également la notion de fierté des communautés qui, via le commerce, arrivent finalement à affirmer d’autres valeurs qui leurs sont propres.

MG : Peut-on imaginer que les produits labélisés Max Havelaar deviennent un jour Bio ?

JM: Vous savez, les standards, c’est une question de dosage. Pour qu’ils aient un impact, il faut qu’ils soient adoptés. En imposant le Bio, on risquerait de placer la barre trop haut pour les petits producteurs. Dans la plupart des pays, le potentiel commerce équitable est supérieur au potentiel Bio. Pour des questions de contraintes agronomiques, de coût de certification, d’appui technique, etc.

Nous sommes conscients que nous avons une marge de progrès importante sur la gestion des eaux, des sols, sur la question du passage du chimique au naturel, c’est quelque chose sur lequel nous travaillons au quotidien mais il y a des habitudes et des mentalités qui sont dures à changer. Après, l’expérience montre que donner une stabilité de revenu, aider au financement, fournir un appui technique, c’est ce qui permet d’arriver au bio, donc notre démarche y contribue. D’ailleurs, aujourd’hui, environ 40% des produits Commerce Equitable sont aussi Bio.

 


3. Les enjeux de société et le Grenelle

MG : Etat, entreprise, citoyen a qui faites-vous le plus confiance pour mener la révolution durable ?

max-havelaar-joaquin-munozJM : Déjà, ce qui est important, c’est la notion de révolution, d’urgence, car ce n’est pas une évidence pour tout le monde ! Pourtant, sur l’environnement comme sur le social, tous les gens qui font un peu de prospective savent bien que les mécanismes de marché, si on ne les maitrisent pas, nous mènent vers des tensions sociales de plus en plus fortes.

Or on ne pourra pas faire une forteresse de l’Europe ! C’est pour ça que nous défendons l’alternative du commerce équitable. C’est peut être un peu utopiste, mais nous sommes convaincus que, via le commerce, tout le monde peu sortir bénéficiaire.

Et tout le monde doit s’y mettre ! Le gouvernement a un rôle d’exemple et de régulateur à jouer. Il doit défendre les minimas qui font la stabilité et qui rendent le changement possible. Et de leur côté, les entreprises et les consommateurs, doivent aussi assumer leur part de l’effort.

MG: Êtes-vous satisfaits du travail du gouvernement sur le Grenelle ?

JM: Je trouve que le Grenelle a été un succès, parce qu’il a permis un mode de consultation ouvert à travers lequel des parties prenantes aux positions très diverses se sont s’obligées à trouver des solutions.

Mais j’aurais aimé que la partie sociale apparaisse plus clairement. Car au fond, nos comportements et en particuliers notre consommation impliquent systématiquement des pays lointains dont on ne sait rien. Il aurait été intéressant de tirer la sonnette d’alarme à ce sujet et de rappeler qu’il existe de bonnes et de mauvaises pratiques, que chacun à une responsabilité à assumer au travers de ses choix quotidiens.

 


4. Consom'action et banane équitable...

MG: En tant que consomm’acteur, avez-vous des produits ou des marques préférées a recommander?

max-havelaar-joaquin-munozJM: J’ai un champion a coté de chez moi où il n’y a pas beaucoup de produit Alter Eco, mais j’achète du sucre, du chocolat et du riz Ethiquable. J'achète aussi des bananes équitables…

MG: Proust, Cerdan, Pagnol, Duchamps... Green, avez-vous un Marcel préféré?

JM: Je vais tricher un peu mais j'aime bien Julien Green, parce qu'il a écrit un petit bouquin sur Paris qui m'a accompagné quand je suis arrivé ici. Mais sinon j’aime aussi l’idée de parler d'un sujet grave avec un peu de légèreté donc j’aime bien MarcelGreen… Je crois qu’il ne faut pas faire peur au gens, il faut garder la banane… équitable !