Stéphane Latxague est le directeur de Surfrifer Foundation. Nous l'avons intérrogé sur l'activité de Surfrider, ses nouvelles missions, ses nouveaux objectifs. Nous avons abordé aussi l'importance de l'Union Européenne, de Coppenhague etc. Macro déchets, pétition, GIEC et Marcel Duchamp, tout y est !

Introduction

 

Voici un nouveau « Géant Vert » !

 


1. Quelle mission pour Surfrifer Foundation ?

Marcel Green : Surfrider Foundation a pour mission de protéger et de préserver le littoral. Depuis quelques temps, vos actions se sont élargies également aux rivières, lacs etc. Pouvez vous nous parler des évolutions de Surfrider depuis sa création ?

stephane-latxague Stéphane Latxague : Surfrider Foundation a été créé il y a 20 ans en Europe, et quasiment en simultané aux Etats-Unis et en Australie. Pour ce qui est de la structure européenne dont je suis le directeur aujourd’hui, il y a eu en gros 20 ans d’existence et de combat environnemental pur. Les questions principales sont la qualité de l’eau, déchets, transport maritime et quelque part l’aménagement du territoire et du littoral.

Et ensuite une des spécificités dans le mouvement international de surfrider c’est qu’on est le pilote mondial pour tout ce qui est action d’éducation. Car dès le début de la structure en Europe on a eu des enseignants et des gens qui étaient persuadés que pour changer les comportements il fallait aussi s’adresser aux citoyens.

Le mouvement est né spontanément, d’un ras-le-bol des habitants du littoral et des pratiquants des activités nautiques, principalement autour de la thématique des déchets au départ. C’était la grande époque du Golfe de Gascogne qui était vraiment une décharge à ciel ouvert. Et il y a eu dès le départ une énergie transfrontalière, c’est pour ça qu’on s’appelle Surfrider Europe ; il y a eu dès le début un travail avec les espagnols. Il est né sous l’impulsion, et après j’ai terminé, d’un certain nombre de bénévoles, et on a eu la chance d’avoir au départ avec nous le champion du monde de surf de l’époque, qui a su nous donner l’énergie et un rayonnement important.

MG : Tom Curren

SL : Exactement !



2. Happy birthday Surfrider Foundation ?

io-conf-pres-bixente

MG : SF aura 20 l’année prochaine, avez vous prévu quelque chose de spécial ?

SL : C’est très important pour nous d’avoir 20 ans, parce qu’à un moment où tout le monde se découvre une vocation environnementale, ce n'est pas inutile de rappeler qu’on bosse depuis 20 ans.

Le problème de bosser depuis 20 ans, c’est qu’on bosse comme des fous au quotidien, et que ça fait 6 mois qu’on se dit qu’il faudrait qu’on planifie quelque chose pour nos 20 ans, et 6 mois qu’on galère … Mais l’idéal c’est que la 20ème année de Surfrider va correspondre avec la 15ème année des initiatives océanes, donc il y aura quelque chose la dessus. Et puis on voudrait vraiment faire un concert !

On avait déjà fait des concerts au tout début de Surfrider, et dès le début le gros problème c’était les déchets. Nous sommes nés des macro déchets en quelque sorte. Et il se trouve que depuis cette année on est en train de passer à la vitesse supérieure sur ce sujet, et à l’occasion de nos 20 ans nous allons essayer d’attirer les médias sur cette thématique.


3. Macro déchets & Mobilisation

macro-dechets

MG : Justement, pouvez-vous nous en dire plus sur les macro déchets, cette pollution peut connue contre laquelle vous vous battez activement ces temps-ci ?

SL : On les appelle comme ça par opposition aux micros déchets, qui sont surtout les déchets chimiques qu’on ne voit pas, qui se décompose. A l’inverse les macro déchets c’est tout ce qu’on peut trouver qui peut s’attraper à la main, depuis les petits bouts de plastique, jusqu’à des sacs, des voitures etc. tout ce qui n’a pas lieu d’être dans les rivières et les océans.

Et la problématique qu’on a depuis 15 ans c’est que ce n’est pas reconnu comme une pollution mais comme une nuisance visuelle. Et ça quelque soit l’endroit, la taille du déchet, et malgré le fait que ça fixe les bactéries, que c’est un élément accélérateur de danger sanitaire, que ça impacte directement la biodiversité, les fonds marins etc. c’est une vraie catastrophe.

Et la conséquence du fait que ce ne soit pas considéré comme une pollution, c’est qu’il n’y a pas de politique active de lutte contre les macro déchets. Qu’on s’entende bien, quand je vous parle des macro déchets moi en tant que Surfrider, ce sont les déchets une fois dans la nature. En amont il y a un certain nombre de choses faites pour limiter ces macros déchets (réduction des packaging etc. ), mais une fois dans la nature il n’y a pas d’identification des déchets, de traçabilité, donc il y a des choses dans tous les sens, et ce n’est la faute de personnes.

Et le projet est énorme pour nous car ça veut dire qu’il faut qu’on travaille avec les industriels, ça veut dire qu’il faut qu’on travaille avec les consommateurs et les citoyens, et bien sûr avec les institutions pour les convaincre de légiférer.

On puise dans notre légitimité, acquise grâce aux initiatives océanes, pour se faire entendre. Car on arrive à mobiliser des dizaines de milliers de personnes pour ramasser ces déchets, ce qui montre bien aux politiques que c’est un vrai problème.

MG : vous avez une pétition en cours sur votre site, quel est l’objectif ? il faut atteindre combien de signataires ?

SL : Il faut être réaliste, une pétition n’a de la force que si il y a énormément de signataires. Ensuite cela permet d’ouvrir les portes pour discuter. On a ouvert déjà pas mal de portes en discutant lors des Grenelles de la Mer, ou encore avec les commissaire européen Joe Borge. Quand on a rencontré ce commissaire, on s’est fixé comme objectif de démontrer qu’il y avait déjà 50 000 personnes qui se sentaient suffisamment concernées pour signer la pétition. Et un objectif de 100 000, qui est notre objectif à nous, pour montrer que vraiment les gens en ont ras-le-bol. Et on a vraiment besoin de tous les relais pour diffuser cette pétition !


4. Union Européenne & Moyens d'action

MG : Il y a en effet beaucoup de choses qui se décident désormais au niveau européen. Union Européenne, Sommets mondiaux, Copenhague … quelle est votre position et quels sont vos moyens d’action dans tout cela ?

stephane-latxague SL : Copenhague, c’est vraiment axé sur la question du réchauffement climatique. Or notre travail est vraiment axé sur les liens entre réchauffement climatique et océan. On a dans ce cadre un programme de lobby pour Surfrider International, qu’on a confié aux Etats-Unis. D’un point de vue France on est en ce moment même en train de concerter avec France Nature Environnement pour discuter d’une position commune pour Copenhague.

Par ailleurs je vais donner une conférence en octobre avec un expert du GIEC concernant le réchauffement climatique et les conséquences sur les océans. Vous en avez surement entendu parlé, mais les effets du réchauffement sur la banquise sont allés 20 fois plus vite que prévu, donc il y a un nouveau calcul qui est nécessaire de tous les modèles. Et notre rôle à nous c’est d’alerter sur ce genre de choses, de prévenir la population, et d’accélérer la pression sur les institutions, c’est vraiment la le cœur de notre action.  


5. Les initiatives Océanes 2009

MG : Alors justement pour être dans l’action, vous organisez depuis 14 ans les Initiatives Océanes, gigantesque opération de nettoyage du littoral. Quel est le bilan de l’édition 2009 ?

laisse-de-mer-megotsSL : En terme de mobilisation c’est 25 000 personnes, entre 500 et 600 opérations, une bonne cinquantaine de projets avec des scolaires ! Sur la partie quantification des données, qui est un des objectifs de l’opération, on est encore en train de récolter des témoignages et de collecter toutes les données. N’étant pas le techicien en charge de ça, je ne veux pas dire de bêtises, donc on attendra que toutes les données soient connues.

Ce que je sais aussi, c’est que dans le concours des horreurs de ce qu’on peut trouver dans le cadre de nettoyage de plage, de rivières etc. et c’est année c’est encore une fois catastrophique. Je ne m’avance pas en disant qu’il y a aura au moins 85% de plastique, ça c’est toujours la même merde pour parler simplement. Après, parmi les plastiques amusants, on a eu cette année une classe de scolaire avec qui on a travaillé qui a découvert un sex-toy... Sinon on a retrouvé comme d’habitude des caddies, des mobylettes, des arrières de chalut, en fait c’est simple, tout ce que vous pouvez imaginer, on le trouve ! C’est triste mais c’est comme ça.

MG : Les plages se remplissent l’été … le littoral est particulièrement « sollicité ». Dans quel état d’esprit êtes-vous pour cet été 2009 ? Confiant, inquiet  …. ?

SL : L’été pour Surfrider c’est une période un peu particulière, parce que tout le monde s’imagine que c’est la qu’on s’active le plus. Alors qu’en été, la grande majorité des institutions s’arrête, tout le monde est en vacances, donc le travail de lobby pour nous s’arrête. Les plages n’ont jamais été aussi nettoyées qu’en été, donc tout le monde croit que c’est propre.

Et le gros du travail l’été c’est d’aller au devant du public, au travers d’évènements, et de préparer les grosses campagnes en expliquant aux gens que s’ils croient que la plage est propre, c’est surtout qu’elle est nettoyée. Donc c’est un moment de mobilisation pour nous et de préparation pour les initiatives océanes.

Ces initiatives océanes justement, ce n’est pas pour rien si elles ont lieu en mars. La majorité des gens ne voient les plages qu’en été. Or l’été elles sont nettoyées, donc notre boulot c’est de leur montrer que tout le reste de l’année c’est sale.

La deuxième chose importante pendant l’été, c’est que c’est la période pendant laquelle les gens s’intéressent à la qualité de l’eau, et on en profite pour sortir à ce moment la un rapport où on passe au crible toutes les plages de France, et cette année en plus Espagne, Portugal et Grèce. On a collecté des données pendant tout l’hiver, pour sortir de bons résultats, et essayer d’imaginer d’ici à 2012 / 2015, quand passera la prochaine directive européenne, tout simplement combien de plages vont être fermées.

Et on va voir tout le monde, car on doit parler avec les gens de Bordeaux, de Paris, de Toulouse, de Rouen etc. pour leur expliquer qu’une fois qu’ils sont partis, nous on reste au bord de la plage, et on veut la garder propre. Et avoir des gens sensibles en vacances à ces problématiques la, ça va aussi aider à la sensibilisation pour le tri des déchets, le gaspi d’eau, le choix de produits d’éco consommation.

MG : A ce niveau la, vous trouvez justement que les mentalités ont changé ?

20090316-photo-du-jour-audrey2-bonhomme SL :  C’est toujours difficile à dire … La question qu’on me pose tout le temps, c’est quelles sont les réalisations majeures de Surfrider, et du fait que la population du littoral va augmenter de 25 à 30% lors des 20 prochaines années, on a surtout un gros travail de préservation. Le vrai boulot c’est de minimiser les dégâts, on peu difficilement dire qu’on a gagné des choses.

Donc oui les mentalités évoluent, mais il est déjà trop tard pour beaucoup de choses. Et la question est de savoir jusqu’où on acceptera de perdre des choses : je pense que pleins de plages seront fermées, qu’on ne retrouvera plus la même qualité d’eau, que ça prendra des années de recomposer certains aspects de la biodiversité au cas où on y arriverait. Donc je suis tenté de dire que la chose importante est que la prise de conscience continue, mais surtout il faut qu’elle s’accélère.

C’est malheureux à dire parce que la population sur laquelle on a un impact fort et vraiment efficace c’est les enfants, et on ne va pas forcément attendre qu’ils soient en âge d’être adulte pour agir avec eux. Surtout qu’ils sont un excellent relais auprès des adultes. La prise de conscience s’est aussi accélérée auprès des élus, mais rien n’est fait, on n’y est pas encore.


6. Consom'action et Marcel

MG : Vous êtes certainement un consom’acteur , quelles sont vos choses vertes préférées ?

SL : j’aime bien parler de mon éco consommation pour une double raison. La première c’est que je ne suis pas parfait. J’ai toujours l’impression qu’en tant que personne qui travaille dans une ONG je peux parler sans honte aux personnes que je rencontre, je ne suis pas donneur de leçons parce que j’ai encore pleins de marge de progression. J’ai des tas de choses que je ne fais pas encore, ne serait-ce qu’en étant un surfeur, je suis un consommateur de mon littoral, donc je ne suis pas parfait.

Mais les choses sur lesquelles je me suis le plus amélioré dans les années passées, c’est sur mes déplacements. J’ai appris sur tous mes petits déplacements à prendre du plaisir à pied ou à vélo pour faire mes 3 courses quand c’est du commerce de proximité. Il y a bien sûr le fait d’emmener mes poubelles à la déchetterie etc.

Sur l’énergie et la vie à la maison je crois que j’ai appris à faire gaffe, alors c’est pas grand chose mais il y a tous ces petits détails : ampoules basse consommation, ne pas mettre les appareils en veille, ne pas laisser les chargeurs branchés quand ils ne servent à rien etc. enfin c’est tout ces petits détails, mais qui ont leur importance.

Après j’ai la chance d’avoir un logement où j’ai une bonne partie de mon énergie qui vient de panneaux solaires, tout en étant que locataire, donc je n’ai pas à m’en plaindre. Et j’essaie de ne pas abuser, de ne pas chauffer ma maison à 72° l’hiver, ce genre de choses.

Enfin sur la consommation, pour des raisons de santé et de portefeuille, je me suis aperçu que j’arrivais à manger mieux, en mangeant des produits locaux, des produits de saison, et je fais gaffe au packaging de tout ! Ensuite, parce que je suis surfeur, et parce que la qualité de l’eau, c’est ma santé directement qui peut en pâtir, parce que je vais dans l’eau moi toute l’année, j’ai pris l’habitude de prendre que des produits phytosanitaires respectueux de l’environnement et bio.

Après, je m’autorise des entorses, quand c’est vraiment trop compliqué … bref, je ne fais pas du 100% bio, mais je progresse en permanence, chaque année j’apporte ma petite pierre en plus : quand j’ai commencé à ce qu’une habitude devienne naturelle, je la garde, et hop j’en rajoute une autre … c’est comme ça que j’avance !

Et je suis assez à l’aise la dessus, car je suis juste assez responsable pour pouvoir parler avec des « écolos fascistes », et juste assez imparfait pour pouvoir parler avec n’importe qui et lui dire avec le sourire qu’on peut facilement gagner un peu de bonheur en faisant attention.

MG : Proust, Duchamp, Pagnol … Green, quel est votre Marcel préféré ?

stephane-latxague SL : Ah … ce sera indéniablement Duchamp ! Même si j’ai un grand respect pour Proust et une grande admiration pour les convictions de Green, ce sera Duchamp. Je vais vous dire pourquoi : j’ai fais 5 années dans l’action humanitaire, et j’ai vu pas mal de catastrophes et pas mal de gens s’entretuer ; désormais ça fait 6 ans que je travaille dans l’environnement.

Et au bout du compte, l’art est peut-être la seule chose qui reste à la fin, c’est qui nous renvoie à notre petitesse et à la fois à notre grandeur, et j’aime à penser que les artistes ont un rôle crucial à jouer dans la question environnementale. On a essayé de le faire un petit peu avec Surfrider, à notre échelle.

Je ne suis pas un grand connaisseur de l’art, mais je suis un grand amoureux de l’art, et puis j’espère que s’il y avait un Duchamp aujourd’hui, il mettrait un économiseur d’eau sur la chasse d’eau de la pissotière !!

MG : Merci beaucoup !

surfrider.eu

Signez la pétition en ligne ici !!

Découvrez une vidéo de présentation des Initiatives Océanes :