Après la catastrophe de Fukushima survient une hausse du prix de l'électricité, qu'EDF justifie notamment par la nécessité d'investir massivement dans le renforcement de la sécurité du parc nucléaire français. L’électricité la moins chère n’est peut-être pas celle qu’on croit...

Avec la loi Nome, (Nouvelle organisation du marché de l'électricité), qui rentrera en application le 1er juillet 2011, les concurrents d'EDF auront accès à 25% de la production d'énergie nucléaire française à un prix fixé par le gouvernement. Le principal concurrent d'EDF, GDF-Suez, demandait que le prix de vente soit déterminé à 35 € le MWh ; EDF, quant à lui, exigeait un prix de 42€ / MWh dans un premier temps, pour passer ensuite à 46€ / MWh. Le gouvernement avait d'abord opté pour un tarif de 39 € le MWh, mais après de la catastrophe de Fukushima, il a accepté de le fixer à 40 € au 1er juillet, puis 42 € début 2012. D'autre part, EDF a décidé d'augmenter ses tarifs afin d'investir dans la rénovation du parc nucléaire français. Tout ceci pourrait entraîner une hausse de 30% de la facture d’électricité des particuliers d'ici 2015.

Conséquences quasi immédiates pour le consommateur : une augmentation de 2,9% de la facture d'électricité d'ici le 30 juin 2012, avec une première augmentation de 1,2% le 1er juillet 2011. Une conséquence paradoxale de la catastrophe japonaise : l'augmentation du prix de l'électricité, justifiée par un investissement financier massif dans le nucléaire. Pour vous faire une idée du coût réel de l'électricité nucléaire, nous vous invitons à lire le communiqué de FNE intitulé "Hausse du prix de l'électricité : la face cachée du nucléaire".

On s'attendait plutôt, en toute logique, à ce que "l'effet Fukushima" soit d'entraîner un investissement dans les énergies renouvelables et propres. D'ailleurs, une des premières conséquences économiques avait été une augmentation significative de la cote boursière de l'électricité verte les 13 et 14 mars. Mais le 19 avril, lorsqu' Eric Besson a annoncé la mise en vigueur des nouveaux tarifs, l'action d'EDF a presque immédiatement augmenté de 3,5%.

Avec le Grenelle de l’environnement, la France s'était pourtant engagée à atteindre les 23% de production d'électricité issues des énergies renouvelables d'ici 2020. Le 26 avril, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) a alerté l’opinion publique et les futurs candidats à la présidentielle de 2012 sur le retard considérable qui a été pris sur cet objectif, techniquement impossible à atteindre au rythme où les choses évoluent. Selon son rapport publié le 18 mars, la répartition de la production d’électricité en France en 2010 est la suivante : 74,1 % de nucléaire, 10,8 % de thermique à combustible fossile, et 15,1% d’énergies renouvelables, dont 12,4% d’hydraulique, 1,7% d’éolien, 0,9 % de biomasse et déchets, et 0,1% de photovoltaique. Dans son tout dernier communiqué, le SER a indiqué que "si rien ne change, il manquera 7 Mtep pour atteindre l'objectif 2020" (Mégatonne équivalent pétrole). Il précise aussi que les 23 % ne doivent pas être considérés comme un objectif final mais comme un minimum à atteindre. Il s’en faudrait pourtant de peu pour que les choses changent, si l’on décidait de ne plus mettre tous nos oeufs dans le panier percé du nucléaire.

La filière solaire, par exemple, pourrait être mieux exploitée. On a accusé l’électricité solaire de coûter très cher, à cause de son tarif de rachat très élevé, mais est-elle si chère  en comparaison du prix réel de l’électricité nucléaire ? Ne faudrait-il pas investir, plutôt que de freiner son développement ? De plus, il existe des solutions plus rentables que les panneaux photovotaiques pour exploiter l’énergie solaire, comme les centrales solaires.

L'énergie éolienne est elle aussi prometteuse, car son prix est stable. Avec l'augmentation constante prévue pour l'électricité produite par le nucléaire et les énergies fossiles, qui ne la touchera pas, elle pourrait bientôt devenir parmi les moins chères. Si rien ne vient perturber son développement, la filière éolienne pourrait avoir de beaux jours devant elle.

Le scénario Négawatt (sobriété, efficacité, renouvelables), dont on entend beaucoup parler depuis Fukushima, propose des solutions crédibles pour sortir du nucléaire et passer aux énergies renouvelables. Le SER, de son côté, prépare un “Livre blanc 2012”, pour que celles-ci passent désormais au premier plan. Il paraîtra à l’automne 2011 ; on y trouvera “les préconisations des professionnels pour permettre d’atteindre et de dépasser les objectif 2020”, et “pour aider les candidats aux élections de 2012 à prendre leurs décisions en connaissance de cause”. Ces préconisations consisteront notamment à expliquer comment reconstruire durablement la filière photovoltaïque, libérer le potentiel éolien, transformer le premier essai biomasse, et investir massivement dans la rénovation des bâtiments.


+ d’infos : FNE, Négawatt, SER