Introduction

MarcelGreen.com : La marche à suivre pour réduire son empreinte écologique peut parfois paraître compliquée. L’information et les solutions ne sont pas toujours très accessibles. Avez-vous l’impression que les lignes bougent néanmoins ?

Yolaine de la Bigne : C’est un milieu qui démarre. Ca fait un an et demi qu’il y a plein de choses qui sortent. Des journaux, des livres, des sites internet. Autant il y a 2 ou 3 ans ce n’était pas évident, autant maintenant les gens peuvent quand même trouver des choses. Mais c’est vrai que c’est sûrement un des problèmes de la défense de l’environnement pour l’instant, c’est son manque d’information. Ca va venir, mais les gens sont un peu perdus.


1. Internet et l'écologie

Yolaine de la Bigne Medaillon MG : L'Internet est-il un bon allié dans votre engagement?

YdlB : Evidemment. D’abord parce que l’Internet est un des moyens les moins polluants pour s’informer, pour acheter… donc c’est déjà en soi une solution écologique. Bien sûr, les ordinateurs sont des matériaux très polluants, mais la aussi ca bouge : il y a par exemple des associations qui s’occupent du recyclage. Et puis l’Internet présente d’autres avantages qui en font un moyen d’information incontournable : Rapide, facile, pratique, etc.

De manière générale - et pas seulement pour l’écologie - Internet est une révolution aussi importante que celle de l’imprimerie. C’est la révolution de notre siècle. Qui sait jusqu’où elle ira ! C’est le début d’un monde, passionnant, génial.

Mais je ne fais pas partie des gens qui pensent que le web va remplacer les supports écrits. D’ailleurs, les chiffres me donnent raison. On voit que les gens qui utilisent l’Internet, lisent beaucoup de journaux et de livres.

MG : Il n’a jamais été question de faire de votre magazine, Néoplanete, un magazine en ligne ?

YdlB : Non. Parce qu’au travers l’environnement, on s’adresse absolument à tout le monde… Pour ça, l’Internet pour moi n’est pas encore assez répandu. Je pense que c’est trop tôt. Mais je ne dirai peut être pas ca dans 10 ans.

Et puis je pense qu’on est encore - et tant mieux - dans une société qui aime la presse. Je crois beaucoup à l’impact des journaux traditionnels, à la beauté d’une mise en page, à celle d’une photo. Alors que le web est assez froid, assez abstrait. Je trouve qu’il y a encore des d’efforts à faire en matière de design, de mise en page.

Or, je voulais absolument un journal qui soit séduisant, avec un ton sympa, des belles photos, des peoples etc. Les publications sur le Développement Durable ou l’environnement, c’est trop souvent tristoune, un peu baba cool, un peu gris…

C’est mon grand principe depuis toujours, à travers la Fêtnat’ et tout ce que j’ai fait avant. L’idée est de séduire, d’amuser, d’étonner, car il n’y a que comme ça que l’on peut convaincre. C’est ma façon à moi de militer.

Ce qui n’empêche pas d’avoir un joli site à côté. L’un n’empêche pas l’autre.


2. L'écologie positive

Yolaine de la Bigne Medaillon M : Vous tenez beaucoup à cette idée d’une écologie positive, qui fait l’effort de séduire, de plaire. Comment la définissez-vous ? Qui l’incarne aujourd’hui en France ?

YdlB : Pour l’instant pas grand monde. C’est vrai que ce n’est pas trop dans l’air du temps. Il y a quand même une femme que j’aime beaucoup, c’est Catherine Chabaud. Je l’ai rencontré il n’y a pas très longtemps, je l’ai même reçu en interview. On est sur la même longueur d’onde. Elle est optimiste, joyeuse. Je pense il y aurait Maud Fontenoy aussi (NDLR : navigatrice française).

Mais la plupart des gens qui se font connaître en matière d’environnement c’est quand même des gens très pessimistes… C’est bien qu’il y en ait, car malheureusement les gens ne prennent conscience des choses qu’en ayant peur… surtout pour leur porte monnaie ou leur santé. On l’a vu avec l’Erika ou la vache folle.

Mais je pense qu’il faut un savant mélange entre les discours qui font peur, et ceux qui disent que ce n’est pas désespéré, qu’il y a des solutions, et que si on s’y met tous on va y arriver. Le risque de la peur, c’est de provoquer le désespoir. C’est que les gens se découragent, qu’ils se disent qu’au point où on en est, ça ne sert plus à rien de bouger. Des films comme ceux d’Al Gore, ou la 11ème heure de Di Caprio, vous en sortez complètement miné !


3. Ecologie et consommation

Yolaine de la Bigne Medaillon M : Pour cette écologie-là, la consommation est-elle un obstacle ou une arme ?

YdlB : Ce n’est pas un obstacle, c’est une des meilleures façons de militer, de voter ! Je dirais même que vous êtes ce que vous consommez.

C’est une arme qui a été beaucoup utilisé aux états unis pour d’autres causes. On se souvient des histoires de Nike, où les gens ne voulaient plus acheter les baskets quand ils ont appris que c’était fabriqué dans des conditions scandaleuses.

Donc je ne suis pas du tout anti consommation, mais il y a consommation et consommation. Acheter bio, par exemple, même si c’est un tout petit peu plus cher pour l’instant, c’est un acte politique. C’est une manière de soutenir une agriculture qui a du mal, qui n'est pas subventionnée, mais qui est celle de l’avenir.

C’est la même chose avec la consommation de viande. La viande est le 3ème pollueur au monde. Ca c’est la conséquence de ce qu’on nous a raconté depuis qu’on est petit, que ça fait riche, que c’est bon pour la santé etc. Et si les pays émergents font comme nous, se trompent et se mettent à manger de la viande, ça va être de pire en pire.

Alors que manger moins de viande, 2 fois par semaine par exemple, c’est très bon pour la santé ! Car la viande pose des tas de problèmes cardiovasculaire, et est sans doute à l’origine de certains cancers. C’est aussi arrêter de soutenir une industrie polluante, une souffrance animale qui est monstrueuse, et quelque part c’est donner du sens à sa vie, refuser certaines choses, certains excès de notre société.


4. Le Grenelle de l'environnement

Yolaine de la Bigne Medaillon M : Selon vous, est-ce que le grenelle de l’environnement va dans le bon sens ?

YdlB: Bien sûr ! Pour moi, le grenelle de l’environnement, c’est l’une de 3 étapes capitales.

Il y a eu d’abord Al Gore qui a fait très très peur à tout le monde. Ensuite, il y a eu Nicolas Hulot qui a rendu l’environnement glamour. Tout d’un coup on a vu un type qui réussit, qui est sur TF1, une star, qui s’occupe de l’environnement. Et enfin, il y a eu le grenelle qui a donné à l’environnement une vraie force politique.

Bien sur, ça a été très critiqué, mais vous savez en France, tout le monde critique ! Ca fait des siècles qu’on vit en polluant sans le savoir, comment voulez vous qu’en 6 mois, un gouvernement ou des politiques, ou même toutes les associations qui se sont mises autour de la table, puissent résoudre des problèmes qui existent depuis des siècles.

Ce qui est important c’est le changement de mentalité, c’est qu’enfin les politiques s’y intéressent. Ca c’est énorme, car il y a 3 ans ce n’était pas le cas! Les gens disaient que c’était un truc de parisien, une mode etc. Je me souviens quand j’ai commencé la FêtNat’, j’étais la « baba cool » bien gentille mais tout le monde s’en fichait royalement.

Et puis le Grenelle a aussi eu le bienfait formidable de mettre des gens qui ne se parlaient pas autour de la table. C’est capital ! La situation est trop grave pour qu’on perde du temps à se faire des guéguerres.

Alors bien sur il y aura des tâtonnements, les politiques reculeront peut être parce qu’il y a toujours les lobby, l’Europe etc. Mais ce qui est important c’est le progrès, c’est que ça bouge ! Que le résultat ne soit pas la tout de suite et bien tant pis, ça viendra !


5. La FetNat' 2008

Yolaine de la Bigne Medaillon M : L’une de vos façons de faire bouger c’est la FetNat’. La 3ème édition aura lieu les 4 et 5 octobre. Pouvez-vous nous en dire plus ?

YdlB : Oui, disons que je fais ce que je peux avec mes petits moyens. Je suis journaliste, ce que je sais faire c’est informer et donner envie.

Donc la Fêtnat’ c’est d’abord une fête gratuite, tout comme Neoplanet est gratuit. J’y tiens beaucoup. Et dieu sait que ce n’est pas facile économiquement ! Mais le sujet est nouveau et c’est difficile de séduire les gens en leur demandant 4 ou 5 euros. Être gratuit nous permet de séduire des gens qui à priori ne sont pas des militants.

La deuxième chose importante c’est la diversité. A la FetNat’, de même que dans Neoplanet, on essaie d’aborder à peu près tous les sujets : le recyclage, les animaux, les économies d’énergie, etc. Tout est ouvert, tous les sujets sont la.

La troisième caractéristique de la Fêtnat’, c’est d’être très accessible. On ne fait pas des grandes conférences avec des scientifiques, il y a des gens qui font ça très bien, ce n’est pas notre créneau. On parle des choses simplement, même ceux qui n’y connaissent rien peuvent venir et repartir avec les idées claires.

Enfin le quatrième créneau c’est la joie de vivre ! De même que dans Neoplanet on a des photos, une jolie mise en page, de l’humour, etc. A la FêtNat c’est pareil, on a des défilés de mode, des jeux marrants, des spectacles pour les enfants. Les gens s’amusent. Ils viennent en famille, passent un bon moment. On ne leur demande pas d‘argent, ils rigolent bien et rencontrent des gens.

Et puis j’espère qu’ils repartent convaincus en se disant « Si je fais un tout petit changement dans ma vie, ça peu faire beaucoup » Si on a 10 000 personnes et que 3000 changent d’attitude, c’est déjà pas mal. On aura apporté notre petite pierre à l’édifice !

M : Des nouveautés à annoncer pour l’édition 2008 ?

YdlB : Déjà il y a un nouveau lieu ! Nous sommes au parc Brassens comme l’année dernière, qui est un joli parc familial, un endroit magique. Et puis il y aura un lieu étonnant, c’est la fondation Eugène Napoléon.

Napoléon III a dit un jour à sa femme : « Chérie, je vais t’offrir un collier » et elle a répondu « J’en ai déjà beaucoup offre moi plutôt un orphelinat ». Il lui a donc offert un orphelinat en forme du collier qu’il voulait lui offrir. Petit à petit ça n’a plus été un orphelinat, ce fut reprit par la catho, et c’est désormais un internat pour les enfants en école catholique.

C’est un lieu magnifique au cœur de Paris que beaucoup de gens ignorent. Au niveau des participants, on a WWF , Pile Poil compagnie, le CRAC qui est un mouvement anti corrida, des artistes comme Martine Camillieri. Il y aura aussi les blouses roses, pour montrer aux enfants qu’il n’y a pas que la Nintendo pour rigoler.

Parmi les nouveaux il y a l’AFORP qui est une institution pour les jeunes, qui a participé cette année au Shell Eco, une course de voitures organisée par Shell, où il s’agit d’utiliser le moins d’essence possible. Alter Mundi sera la aussi pour nous faire un show culinaire, a base de produits équitables et bio. On aura Arthaud aussi, pour une exposition au sujet du livre qu’on sort avec les dessins d’Eric Doxat.

Coca Cola fait également partie de nos sponsors cette année, en nous offrant des canettes, qu’on va pouvoir vendre, pour nous aider un peu. Tout le monde ne le sait pas, mais ils se posent beaucoup de questions, notamment sur le recyclage de leurs bouteilles, sur le transport.

Nous aurons aussi une petite démonstration de l’e-solex, de Grand Bi Passion et du Cyclospace. Grand Bi c’est le vélo d’autrefois avec les grandes roues et le cyclo-space c’est une sorte de tandem à 3 places, c’est assez rigolo. Cette année, on a aussi le festival de l’environnement, avec des films projetés gratuitement tout l’après midi. L’Ademe sera également présent avec « les petits débrouillards ».

Voilà, tout ça c’est plutôt joyeux, et en même temps, derrière il y a un vrai message didactique, on est tous des militants, on n’est pas là que pour rigoler. L’idée c’est qu’il y est des choses pour les petits, pour les grands, et que vous repartiez encore un peu plus convaincu !


6. L'Agenda Vert 2009

Yolaine de la Bigne Medaillon M : Une démarche que l’on retrouve dans l’Agenda Vert 2009 que vous publiez chez Flammarion ?

YdlB : L’agenda vert c’est un petit peu différent, l’idée est de vous donner pendant 365 jours pleins d’astuces et de conseils. On est vraiment dans le « pratique », avec des tuyaux pour bien recycler, s’y retrouver dans les labels ou par exemple faire le ménage chez soi sans produits polluants, avec du vinaigre. Ca ne coute pas cher, et c’est aussi efficace !

Et puis il y a les dessins d’Eric Doxat. Il donne une vision très décalée de l’environnement ! Ce n’est pas parce qu’on est militant et convaincu qu’on doit être triste et bégueule !