Introduction.

 

Arnaud Greth est le président fondateur de Noé Conservation. Naturaliste, vétérinaire de formation, ancien Directeur Scientifique du WWF-France, il a fondé l’association Noé Conservation en 2001, avec le soutien de nombreuses personnalités du monde de la conservation de la nature en France, et, en particulier, de Nicolas Hulot.

Il nous présente ici les différentes activités de Noé Conservation, et nous livre sa vision du monde actuel et de ce qu’il faut faire pour le préserver.


1. Comment sauvegarder la biodiversité ?

Marcel Green : Noé Conservation a pour mission de sauvegarder la biodiversité … vaste programme ! Comment fonctionnez vous exactement ?

arnaud_greth (2) Arnaud Greth : Tout part d’un constat : On veut tous ensemble réinventer un monde durable, et évidemment c’est un grand défi. Depuis le grenelle de l’environnement on parle beaucoup de développement durable, et ce mot sans cesse martelé dans la bouche des politiques et des entreprises est évidemment important … mais on oublie parfois qu’on veut un monde durable, certes, mais on veut aussi surtout un monde vivant !

Il n’y a pas de meilleur modèle de développement durable que celui qu’a inventé la vie en 3,5 milliards d’années. Il ne faut pas penser que dans les 50 prochaines années on fera mieux que ce que tous les écosystèmes du monde entier ont mis en place en plusieurs milliards d’années.

Nous sommes persuadés qu’on pourra créer un monde durable que si on peut réinventer un monde vivant, qui est le tissu de la vie. C’est grâce à la vie qu’on a une agriculture qui fonctionne, des polinisateurs, qu’on recycle le carbone, qu’on a de l’eau potable à boire etc. et ça on l’oublie un petit peu dans le discours des politiques. Un des grand slogans de Noé c’est « Parce que nos vies sont liées, réinventons un monde durable, mais aussi un monde vivant ! ».

On pourrait très bien, en étant hyper-technologisés, avoir un monde durable, mais ce serait peut-être un monde où il n’y aurait plus de place pour les éléphants et les baleines, comme dirait Romain Gary.

Il y a un second constat pour Noé Conservation, c’est que si on veut un monde durable et viable, il faut sauver toutes les espèces : « laissons de la place à la nature ». Et la encore conceptuellement on a beaucoup de mal. Quand on voit en France que le réseau routier (3% de la surface) a une surface supérieure à celle des parcs nationaux et des réserves naturelles, il y a de quoi se poser des questions.

On laisse plus de places pour nos parkings et nos bagnoles, que de place pour que la nature puisse s’exprimer. Il faut donc essayer d’enrayer la disparition des espèces animales et végétales.

 


2. Les priorités

MG : Quels sont les chantiers prioritaires en matière de biodiversité. Dans quels domaines sommes-nous « dans le rouge » tout de suite ?

AG : Vaste question … Conceptuellement je pense que c’est dans tout ce qui est aménagement du territoire, choix des priorités, choix des politiques etc. Car en France, à chaque fois qu’on fait un choix réel de lieux, d’espaces : c’est toujours l’urbanisme qui gagne, pour faire une autoroute, un parking etc.

On perd quand même tous les ans l’équivalent d’un département français en terme d’urbanisation. La nature recule aujourd’hui partout ! Donc la première chose selon nous c’est vraiment ça : il faut laisser de la place à la nature.

Ensuite il y a bien d’autres chantiers qui sont tout aussi important : réinventer l’agriculture par exemple. Avoir une agriculture qui soit plus proche de la nature, car l’agriculture c’est un énorme problème. Réinventer des sociétés humaines où les transports soient plus économes, faire en sorte que les gens habitent près de leur travail et non pas à des dizaines de kilomètres comme c’est le cas aujourd’hui.

MG : Beaucoup de choses se décident désormais au niveau européen. Il y a en ce moment même un rapport en cours de rédaction pour enrayer la perte de la biodiversité. Union Européenne, Sommets mondiaux, Copenhague … quelle est votre position et quels sont vos moyens d’action dans tout cela ?

arnaud_greth (2) AG : À Kiev en 2003, tous les ministres de l’environnement de l’Union Européenne se sont engagés à stopper, à enrayer la perte de la biodiversité d’ici à 2010. Ce sont des mots très très forts. Mais nous sommes déjà à l’été 2009, et tout le monde le sait pertinemment, nous n’aurons pas enrayé la perte de la biodiversité d’ici l’année prochaine.

On est quand même en train de franchir une étape qui est fondamentale, et on le voit bien avec les derniers résultats d’élection aux européennes, ce qui est merveilleux. Il y a eu la phase de déni dans les années 90, où des gens comme Claude Allègre nous expliquait que les problèmes écologiques ce n’était pas grave, que ce n’était pas la faute humaine, que la terre se réchauffait mais ce n’était pas lié à des phénomènes humains etc. c’était donc une vraie phase de déni, où nous les écolos, on était au ban de la société.

Les années 2000 c’est la phase de conscientisation, tout le monde est au courant, c’est notre quotidien. Maintenant les années 2010-2020 c’est vraiment la phase que nous, on attend : la phase d’action, enfin !

Pour tout ça Copenhague sera un événement super important quand même, qui participe à cette prise de conscience et d’action, mais qui sera comme tout le monde l’attend, un semi-échec bien sûr. C’est toujours comme ça pour ces sommets internationaux, c’est toujours un semi-échec … ou une semi réussite, ça dépend comment on le prend.


3. Jardins de Noé & Consom'action

arnaud greth noe conservation

MG : Alors justement pour être dans l’action, vous avez mis en place les « Jardins de Noé » : tout pour devenir un éco jardinier. Pouvez vous nous en dire plus ?

AG : Il y a 2 idées fortes. La première c’est de dire aux gens : « arrêtez de cloisonner vos jardins, profitez d’un grand réseau, altruiste, généreux, humain, pour la nature ».

Nous avons mis en place toute une série d’outil, pour pouvoir géolocaliser les jardins, mettre en place les jardiniers d’une commune pour que les gens puissent se parler. La seconde est d’aider tous ces jardiniers à travailler leur terre avec un sens responsable, et pour ça on et en ligne petit à petit 350 fiches. On a une charte d’engagement avec 10 engagements très détaillés, et si vous arrivez à mettre en place ces 10 engagements vous êtes quand même un jardinier relativement modèle. Ensuite vous pouvez devenir de la sorte un ambassadeur, pour inciter les autres jardiniers à s’occuper de leur jardin de manière responsable.

Après c’est un de nos combats, aussi parce que les jardins, c’est énorme en France en matière d’empreinte écologique ! Il faut savoir qu’il y a en France 13 millions de jardiniers, que la surface des jardins représente 4 fois la surface des réserves naturelles.

MG : Vous êtes certainement un consom’acteur , quelles sont vos choses vertes préférées ?

AG : J’essaie de l’être en effet. Mais avant d’être un consom’acteur, je suis surtout un non consommateur. Je n’ai pas de voiture, je me déplace à vélo dans Paris, et c’est vrai que je ne suis pas trop sujet aux effets de la mode, des fringues et tout ça. Ça peut-être ma chose verte le vélo alors. Je l’ai depuis 29 ans … c’est le vélo que j’ai eu pour mes 18 ans, et je roule toujours avec. Croyez moi, c’est le produit le plus durable que je peux vous proposer !

 
MG : Proust, Duchamp, Pagnol … Green, quel est votre Marcel préféré ?

AG : Romain Gary ! Il a écrit « Les racines du ciel » , le premier roman sur l’écologie.

MG : Merci !

Noé Conservation est très actif sur internet, n'hésitez pas à les soutenir et à découvrir en détail leurs activités : 

Le site : noeconservation.org

Les jardins de noe : jardinsdenoe.org

Pour agir avec Noé : agisavecnoe.org

Campagne "Des pixels pour la biodiversité" : despixelspourlabiodiversite.org