Plastic Planet, un film de Werner Boote qui sortira en France le 6 avril 2011, raconte l'épopée du plastique à travers un documentaire choc qui a valu à son auteur le surnom de “Michael Moore autrichien”.

C'est parce qu'il est né dans un monde de plastique, qu'il adorait l'odeur du plastique émanant des jouets dernier cri offerts par son grand-père, lui même employé de l’industrie plastique, que Werner Boote s'est intéressé d'aussi près à cette matière inventée en 1907 et dont nous semblons ne plus pouvoir nous passer...

Il faut voir Werner Boote humer chaque bout de plastique qui lui tombe sous le nez : les nuances de vocabulaire dont il dispose pour décrire chaque odeur sont dignes d'un goûteur de vin !  Cependant, il en vient à s'interroger sur le revers de la médaille du filon plastique lorsque d'autres sons de cloche commencent à lui tinter aux oreilles. D'autres voix que celles de son grand-père, fervent pionnier du plastique à une époque où l’on n’en connaissait pas encore les dangers ; d’autres voix qui disent que le plastique n'est pas si fantastique, qu’il pollue et nuit à la santé.

Parce que Werner Boote a besoin de connaître la vérité, il va enquêter pour en savoir plus sur le plastique, ses secrets de fabrication, de transformation, mais aussi sur ses conséquences pour la santé des êtres vivants et de la nature, à court et à long terme. Mais lorsqu’il essaye de contacter les fabricants de plastique, il se heurte à des murs de silence ou à des répondeurs bien calibrés.

En suivant le récit de son enquête, on apprend notamment qu'aujourd’hui, seuls les fabricants connaissent la composition des plastiques qu'ils mettent sur le marché. Leurs clients se contentent de commander une matière avec telle texture ou telle résistance à la chaleur, et ils ont ce qu'ils veulent. Mais la formule chimique n'est jamais divulguée.

On apprend aussi que les chercheurs qui s'intéressent à la nocivité des plastiques peinent à trouver des financement pour leur travail. Ce qui permet aux industriels de continuer à brandir leur argument favori: "jusqu'à preuve du contraire, ce produit n'est pas nocif".

Un argument qu’ils ne peuvent toute fois plus utiliser pour le Bisphénol A, additif chimique dont la toxicité a été prouvée. Werner Boote revient sur les graves conséquences que ce perturbateur endocrinien peut avoir sur la santé humaine et animale, notamment sur les systèmes nerveux et hormonal.

Il fait enfin un état des lieux des conséquences écologiques de l’usage accru du plastique, notamment lorsqu'il finit sa vie dans la mer. Celles-ci sont dramatiques : les océans sont envahis par des multitudes de petites granules que les oiseaux et les poissons mangent en les prenant pour des planctons. Et les êtres humains mangent des poissons.

Quelles sont les solutions…

Le recyclage ? Werner Boote explique qu'en raison de notre ignorance de la composition chimique des matières plastiques, le recyclage peut être lui aussi très polluant et dangereux pour la santé. En effet, le chauffage du plastique à haute température entraîne l’évaporation des produits toxiques qu’il contient. Selon lui, nous recyclons le plastique complètement à l'aveuglette, et il faudrait lever le secret industriel maintenu par les fabricants pour le recycler de façon optimale.

D'autres matières pour remplacer le plastique ? Werner Boote fait le tour des alternatives, comme les bioplastiques. Il en pointe cependant les limites, car tels qu’ils sont produits à l’heure actuelle, ils sont trop gourmands en matière végétale et pourraient déséquilibrer l'écosystème. Se passer de plastique semble aujourd'hui inconcevable. En attendant d'avoir de vraies solutions de substitution, Werner Boote invite avant tout à un usage responsable de cette matière qui, dans tous les cas, finira par s'épuiser un jour.

Alors que faire, dans un monde complètement dépendant et envahi par le plastique, que faire à part coller des autocollants "Plastic Kills" sur les emballages dans les grandes surfaces, se demande Werner Boote ? Que faire à part prendre un mégaphone  au Salon international du plastique et interpeller John Taylor, le fuyant directeur de PlasticsEurope, sur ce qu'il a découvert ? Et bien pour commencer, par exemple, réaliser un film dont le monde a grand besoin ; un film qui s'appelle Plastic Planet.

En attendant d'aller voir le film, vous avez la possibilité de voir la bande-annonce ou de lire Plastic Planet, la face cachée des matières synthétiques, de Werner Boote et Gerhard Pretting, paru aux éditions Actes Sud.