17€ la tonne de carbone c’est bien. En fait, adopter la taxe carbone c’est bien, parce qu’elle est un premier pas déterminant vers l’adoption plus large d’une fiscalité écologique. Et le premier pas est toujours le plus difficile.

Cette fiscalité est indispensable parce qu’elle vise à donner un prix à la pollution. Et que dans une économie capitaliste, le meilleur moyen de donner de l’importance a un problème c’est de lui donner un prix.

Certes, on peut regretter la confusion autour de la non prise en compte de l’électricité, alors que cette énergie reste polluante, même quand elle carbure majoritairement au nucléaire. Mais 17€ c’est bien. Parce que c’est mieux que rien.

Et pourtant. 32€, c’est mieux. Parce que c’est le chiffre que la commission de Michel Rocard a identifié comme le seuil d’efficacité de cette taxe. Il est le résultat d’une concertation, brève certes, mais éclairée entre les meilleurs experts français du climat. Leurs conclusions préconisent un  prix de la tonne de carbone de 100€ a horizon 2030 et pour y arriver, ils leur paraissaient juste de commencer a 32€ en 2010.

« Mais 21 ans c’est long ! » se diront sans doute les pragmatiques. « On aura tout le temps d’ajuster le prix! L’essentiel c’est d’adopter la taxe » Euh… pas si sûr. Car pour donner envie aux politiques et aux citoyens de l’ajuster, la taxe, encore faudrait-il qu’elle montre des signes d’efficacité. Et à 17€, ce n’est pas gagné. Il est là, le véritable enjeu du prix de la tonne.

Souvenons-nous du débat autour du Bonus automobile. Les mêmes camps se sont affrontés avec les mêmes arguments. D’un côté, les défenseurs du pouvoir d’achat accusant l’Etat de pousser à la ruine des automobilistes qui n’ont pas d’autre choix que d’automobiler. De l’autre, les défenseurs de l’environnement, pressés de porter le coup fatal à ce « parasite » qu’est la voiture. Finalement, c’est l’efficacité de la mesure qui a tranché. Après à peine 2 ans d’existence, le Bonus automobile est incontestable parce qu’il a profondément modifier le comportement des Français. Et ça, il le doit à l’audace de sa conception.

On ne peut que souhaiter un pareil avenir à la taxe carbone. Son efficacité se jugera à l’aune de son influence sur les comportements des Français et seuls ces résultats sauront convaincre les uns et les autres de la développer ou de l’enterrer. D’où l’importance de la concevoir courageusement. D’autant plus qu’elle a sur le Bonus automobile un désavantage de taille… elle n’est qu’un malus.