Après deux jours d'intenses discussions, la conférence environnementale s'est achevée hier. Que faut-il en retenir ? 

François Hollande veut faire de la "France la Nation de l'excellence environnementale"

D'abord, si nous nous en tenons au discours inaugural de François Hollande, dès vendredi soir, l'environnement semble revenir sur le devant de la scène des préoccupations gouvernementales, alors que le candidat de l'époque avait été (très) discret sur le sujet pendant sa campagne. Ainsi, il annonce vouloir "faire de la France la Nation de l'excellence environnementale", et même s'il a déploré les échecs successifs des conférences mondiales (Copenhague, Cancun, Durban), pour lui, "le prochain objectif doit donc être de parvenir à un accord global sur le climat en 2015". Un discours où la transition énergétique a tenu une large place, et avec elle l'importance du nucléaire en France. M. Hollande a d'ailleurs rappelé sa volonté de ramener la part de l'atome dans la production d'électricité de 75 à 50% d'ici 2025, et il a confirmé la fermeture de la centrale de Fessenheim à la fin de l'année 2016.

Pour financer ses projets écologiques, le président a annoncé que "la Banque publique d'investissement sera pour partie alimentée par le Livret de Développement Durable", et que "la fiscalité sera réformée dans cette perspective". Il a d'ailleurs donné quelques pistes de réflexion pour cette réforme : "taxer moins le travail, plus les pollutions ou les atteintes à la nature ; dissuader les mauvais comportements ; encourager les innovations ; stimuler les recherches ; accélérer les mutations"…

Cécile Duflot "surprise et émue"

Les réactions à ce discours ne se sont pas faites attendre : Cécile Duflot s'est ainsi déclarée "surprise et émue", Nicolas Hulot est lui "satisfait", et Greenpeace souligne une "tonalité globale du discours très positive". Pour des propos plus contrastés, il y a Corinne Lepage qui déplore que Fessenheim ne soit fermée qu'en 2016, Chantal Jouanno qui aurait aimé une position claire et définitive sur l'exploitation des gaz de schiste, ou Greenpeace qui, malgré son enthousiasme, se méfie d'une désillusion comme celle vécue par l'ONG après le Grenelle Environnement de 2007, où, après les discours inauguraux des responsables de l'époque, les dirigeants de Greenpeace "auraient signé des deux mains."

Jean-Marc Ayrault demande des voitures qui consomment 2L aux 100

Mais le président de la République n'a pas été le seul à s'exprimer au cours de la conférence environnementale sur la politique verte qui sera menée dans les années à venir, et son Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, y est aussi allé de ses déclarations marquantes. Au premier rang de celles-ci, nous retiendrons bien évidemment l'objectif de voitures qui consomment seulement deux litres aux cents kilomètres d'ici dix ans. Si le challenge pourrait s'avérer réalisable d'un point de vue technologique, quelques doutes subsistent cependant sur la viabilité économique d'un tel projet, comme un cadre de PSA l'a souligné : "Ce challenge technologique est probablement réalisable. Mais de là à avoir des solutions économiquement accessibles pour tout le monde, cela paraît difficile."

L'autre constructeur tricolore, Renault, ne semble avoir que peu goûté à cette feuille de route du Premier Ministre : "ce n'est pas cette annonce qui fait qu'on se mettra au travail" déclare le groupe, en rappelant qu'il a fait le choix de miser sur la voiture électrique, qui ne consomme pas une goutte d'essence. Le réseau France Nature Environnement déplore, lui, dans cette annonce, un énième soutien à l'industrie automobile. Pour savoir si ce pari peut être tenu ou s'il ne s'agissait que d'un effet d'annonce, rendez-vous donc en 2022. 

La transition énergétique : le grand défi de demain

Si la création d'une agence nationale de la biodiversité pour 2013, ou la présentation d'un plan de rénovation du bâtiment ont été de grands moments de la conférence, le volet "énergies" sort du lot. Ainsi, Jean-Marc Ayrault a-t-il confirmé le lancement d'un appel d'offre pour deux champs éoliens offshore d'ici à la fin de l'année : au large du Tréport et de Noirmoutier, ces deux installations viendraient compléter les moyens de production d'énergies renouvelables déjà disponibles en France. Le Premier Ministre a rappelé les engagements de François Hollande et son refus de sept permis d'exploration pour les gaz de schiste et a clos le débat : "il n’existe aucune alternative à la fracturation hydraulique et qu’aucun permis ne sera accordé". De même, il a confirmé l'annonce faite la veille par le président de la République, à savoir la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, jugée vétuste, d'ici à 2016.

Deux décisions qui, si elles semblent bienvenues pour quiconque possède une conscience écologique (la fracturation hydraulique entraîne une grave pollution des sols et des nappes phréatiques, pour plus d'informations, nous vous conseillons le visionnage du film GasLand ou plus simplement notre dossier sur les ressources inexploitables), ne semblent pas si évidentes pour Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, qui a su faire entendre sa voix dissonante : il estime ainsi qu'il ne faut pas fermer la porte aux recherches sur les gaz de schiste, et pense que la décision de fermer Fessenheim ne saurait être la bonne que si elle est "socialement gérable", s'inquiétant pour les employés de la centrale et soulignant que "des personnes exerçant des métiers depuis des décennies ne peuvent pas forcément se reconvertir dans une activité alternative." Ou comment rappeler que le besoin d'écologie ne doit pas être comblé au détriment de l'humain. 

Rendez-vous en septembre prochain

Cette première conférence environnementale est pour l'instant un succès d'estime. Pour en mesurer la véritable efficacité, rendez-vous dans 365 jours pour juger de l'avancée des différents chantiers en cours. Oui, car le président de la République a voulu donner à cette conférence un rythme annuel. Ainsi, "elle permettra à chacun de mesurer les progrès réalisés durant la durée du quinquennat. Elle sera aussi une façon d'ajuster les moyens aux objectifs." Pour convertir les belles paroles en actes concrets ?